Le Nouvelliste
12 janvier 2010, dix ans plus tard
Jan. 15, 2020, midnight
12 janvier 2010, un séisme dévastateur frappait Haïti. Depuis, son souvenir hante nos esprits et ses conséquences troublent notre quotidien et défigurent encore notre paysage. Cette date s’est inscrite en halte annuelle pour rappeler la mémoire des disparus, mais elle alimente aussi nos angoisses. Dix ans après ce tremblement de terre, on eut cru que notre société aurait vite fait d’oublier cette calamité ou qu’elle n’y penserait qu’en cette seule journée de mémoire. Trop d’interrogations demeurent sans réponse. Somme toute, elles se résument en deux questions-clés qui s’imposent à chacun d’entre nous ainsi qu’à nous tous collectivement : QUE FAUT-IL FAIRE ? COMMENT FAIRE ? Aujourd’hui, il nous faut absolument changer de paradigme dans notre manière de faire et d’habiter la ville en Haïti. Nous devons réapprendre à vivre autrement dans nos zones d’habitat urbain et rural, repenser nos lieux de vie et améliorer nos pratiques spatiales. Pour ce faire, il importe de planifier en vue de mieux prévenir. Aussi, une attitude citoyenne nous appelle-t-elle à échanger idées, compréhensions et suggestions. Par conséquent, nous devons apprendre à faire de la prévention, de la mitigation et une planification réfléchie de notre existence au quotidien. Nous devons arrêter d’être fatalistes et entreprendre des actions durables afin de vivre autrement dans nos territoires et nos lieux de vie en améliorant nos pratiques spatiales. Interpellées, nous souhaitons y apporter notre modeste contribution. Nous, Chantal Volcy Céant, experte en sciences sociales, et Sabine Malebranche, architecte urbaniste. Cette terrible catastrophe de 2010 a mis en évidence l’urgence de développer des techniques et des pratiques adéquates permettant de sauver les vies humaines en situation de crise, d’où l’opportunité de mettre en place des politiques de déconcentration territoriale des biens et des services publics afin de faciliter une meilleure cohésion territoriale et la mitigation des risques. Ces deux dernières décennies ont tout particulièrement révélé la grande vulnérabilité de notre pays. La plupart des villes du système urbain haïtien étant côtières, elles sont directement exposées aux aléas tels que raz de marée, vents, inondations et cyclones. De plus, des études récentes ont montré que Port-au-Prince, la capitale haïtienne, est localisée dans une zone à haut risque sismique. Il en est de même pour la ville du Cap-Haïtien, par exemple. Nos régions peuvent donc être frappées par toutes sortes de catastrophes naturelles : cyclone, vent, inondation, éboulement de terrain, affaissement de sol, séisme et tsunami. Alors, il nous faut bien cerner cette réalité géologique qui conditionne notre environnement. Evidemment, elle effraie énormément, vu l’ampleur de notre vulnérabilité grandissante : nous sommes un pays multirisque et à haut risque sismique. Dans cet ordre d’idée, notre action vise à partager avec nos communautés une série de monographies où seront traitées sous forme de réflexions et de pistes de solutions des thématiques relatives à l’éducation, la santé, l’assainissement, l’aménagement de nos zones d’habitat et de nos territoires, entre autres. En effet, planifier en prenant en compte les risques naturels qui mettent nos populations en péril doit être une opportunité pour améliorer nos zones d’habitat, assainir nos espaces de vie et appliquer les normes environnementales. Développer des capacités de réponses rapides et immédiates dans nos quartiers, pendant que les comités locaux sont activés en période de crise et de catastrophe naturelle, s’avère essentiel. Car, les premières heures sont primordiales pour la survie de chaque victime. D’ailleurs, il importe que dans nos quartiers, les acteurs locaux aient l’occasion de se connaître, qu’ils apprennent à travailler de concert en vue de développer des pratiques de vivre-ensemble. Ainsi, nous retrouverons la joie de vivre avec nos familles sur cette terre exceptionnelle que nos ancêtres nous ont léguée. Entretenir la mémoire, c’est bien notre devoir de concitoyens, de parents, d’amis et de voisins. Cependant, nous devons arrêter que de ne prier pour le repos des âmes disparues en échafaudant seulement de grands projets de mémorial. Il nous faut surtout penser aux survivants. En ce sens, nous devrons vraiment mettre l’accent sur les dispositions indispensables à la réduction des pertes en vies humaines et des dégâts en biens matériels, ensemble les infrastructures appropriées. Ainsi, nous comptons publier quelques réflexions basées sur une démarche avec deux approches stratégiques : d’une part, penser à améliorer nos zones d’habitat et les rendre résilientes ; d’autre part, renforcer les capacités des acteurs locaux dans les quartiers des zones d’habitat urbain et rural en Haïti. Une collection spéciale à paraître bientôt aux « Editions Insulaires ». Ce sera notre contribution de femmes, d’éducatrices, de mères et de professionnelles à notre chère Haïti. Dix ans après, nous devons apprendre à vivre autrement afin que nous soyons tous dorénavant prêts à répondre aux catastrophes et surtout à y survivre dignement. Nous devons nous garantir le droit de mieux vivre et le droit au confort pour tous : là, réside vraiment notre devoir de mémoire. « NOU PA P JANM BLIYE ! » 12 janvier 2020