Le Nouvelliste
Anse-à-Pitres, coronavirus : la circulation reste intense à la frontière avec Pedernales
April 28, 2020, midnight
L’indifférence d’une grande partie de la population de la commune de Anse-à-Pitres face aux recommandations et mesures prises par le gouvernement haïtien dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 préoccupe le maire de la commune, Harry Bruno. Ce dernier se sent impuissant dans cette lutte à cause du peu d’encadrement du pouvoir central. Le maire Bruno explique qu’hormis la volonté de la mairie et de la société civile de protéger la population, sa commune est dépourvue de tout ce qui est essentiel à cette lutte. La circulation reste intense à la frontière avec Pedernales et l’effectif de policiers administratifs présents dans cette ville de 33 000 habitants ne peut pas stopper le va-et-vient incessant . Le centre de santé est sous-équipé, sans lit ni matériel adapté à ce combat. « La mairie et une partie de la société civile font tout ce qui est possible avec le peu de matériel qu’elles ont pour sensibiliser la population, mais elles trébuchent toujours sur la rébellion de celle-ci, qui, incrédule, évolue comme à l’ordinaire. Même le couvre-feu imposé par le président de la République n’est pas respecté et nous n’avons pas d’agents de l’Unité départementale de maintien d’ordre (UDMO) comme force à nos côtés. Il y a seulement 3 policiers à Anse-à-Pitres, sans équipement. Ces 3 policiers à eux seuls ne peuvent pas aider la mairie à contrôler au moins une trentaine de passages clandestins sur la frontière avec Pedernales », indique le maire Harry Bruno. Celui-ci révèle qu’un flux incessant d’Haïtiens se faufile entre Haïti et la République dominicaine chaque jour par le biais de passages clandestins. Le marché public de Anse-à-Pitres est en construction, ses habitants achètent la quasi-totalité de ce qui est nécessaire à leur consommation à Pedernales. Ils sont obligés de traverser 4 à 5 fois par jour pour aller s’approvisionner en terre voisine. Une réalité que le maire rêve de stopper quand le gouvernement décidera d’accompagner réellement Anse-à-Pitres dans la lutte contre le Covid-19. « Nous n’avons pas beaucoup de personnes infectées au coronavirus parce qu’il y en a pas encore à Pedernales. Je reçois quotidiennement plusieurs citoyens haïtiens venus de la République dominicaine, qui viennent me demander de l’aide pour rentrer chez eux. La semaine dernière, c’était des gens de Cabaret et de Bainet, j’ai dû emprunter 100 000 gourdes pour aider ces compatriotes. Je le fais parce que je suis un humaniste, mais l’État nous doit 9 mois de salaire », se plaint le maire Bruno. Ce dernier ajoute que la mairie dispose déjà d'un local d’une capacité d’accueil de 50 lits au moins qu’elle pourrait transformer en lieu de quarantaine, mais l’administration communale n’a pas les moyens de l'équiper. « Le centre de santé, lui, pourrait recevoir recevoir une quinzaine de lits. Il revient au gouvernement d’intervenir. Le président Jovenel dit que son gouvernement est engagé à protéger la population du coronavirus mais il abandonne la frontière, une des principales portes d’entrée du virus dans le pays », explique Harry Bruno.