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Le Nouvelliste

Du sang en urgence

Oct. 3, 2019, midnight

La majorité des départements sont en grande urgence de sang. Les postes de transfusion sanguine des départements du Sud-Est, Sud, de la Grand’Anse, des Nippes, entre autres, sont fermés. Toutes les demandes de sang sont adressées au Centre national de transfusion sanguine de Port-au-Prince qui, lui-même, n’a pas la capacité de fournir des produits sanguins aux demandeurs de l’aire métropolitaine. « Nous faisons ce que nous pouvons. Nous ne pouvons actuellement répondre à toutes les urgences. Jusqu’à présent, nos activités de collecte mobile de sang sont interrompues à cause de la crise politique que nous vivons. La grande majorité des donneurs volontaires ne viennent pas non plus », a expliqué en off un employé du Centre national de transfusion sanguine qui, ce jeudi 3 octobre, regorgeait de demandeurs de sang. Notre source confirme que les demandes viennent de partout à travers le pays, Saint-Marc, Gonaïves, Les Cayes, Jacmel, Léogâne, Petit-Goâve... Contacté par le journal jeudi dans l’après-midi, le Dr Joseph Newton Jeudy, directeur départemental du Sud ‘Est, a confirmé que le poste de transfusion sanguine de Jacmel est fermé. « Les employés sont en grève », a-t-il expliqué. « Depuis que la Croix-Rouge n’est plus en charge du Centre national de transfusion, nous ne recevons aucun salaire. Cela remonte à la fin de l'année 2018 », a renchéri un contractuel du centre joint par le journal. La même situation prévaut dans le Sud, les Nippes, la Grand’Anse et certaines communes du département de l’Ouest, notamment à Léogâne, selon ce qu’a appris le journal. Le directeur départemental du Nord, le Dr Ernst Robert Jasmin, a attesté que le Nord a des difficultés à s’approvisionner en produits sanguins. Ces derniers jours, plusieurs personnes sont passées de vie à trépas, meurent en silence faute de disponibilité de sang. Tirant la sonnette d’alarme, le président de l’Association des hôpitaux privés d’Haïti (AHPH) qui  regroupe près d’une trentaine d’hôpitaux,  fait comprendre que le problème dure près d’un an. «Depuis près d’un an, les hôpitaux sont en difficulté de trouver du sang pour les malades», a déploré le Dr Franck Généus.  La crise que connaît le pays depuis trois semaines aggrave la précarité du système sanitaire. Les hôpitaux sont dans l’impossibilité de réquisitionner du sang. Les parents et proches parents des malades, quant à eux,  vivent dans l’angoisse. Avec leur réquisition en main, ils sont une dizaine à attendre que leur nom  figure sur la courte liste de bénéficiaires d’une pochette de sang. « Je suis à ma troisième journée ici. Il me faut au moins trois pochettes de sang pour ma mère qui doit subir une intervention chirurgicale pour un fibrome. Elle perd constamment de sang. Pour que son pronostic vital ne soit pas engagé, elle doit être opérée le plus vite possible, nous a conseillé le médecin », s'inquiète un jeune homme dans la trentaine. Si notre source ne veut pas parler de pénurie, elle affirme néanmoins que les mouvements de « peyi lòk » des dernières semaines ont aggravé le problème. « Le centre a toujours fonctionné. Les employés se sont rendus à leur poste en dépit de tout. Le problème, c’est parce que nos activités de collecte ont été quasiment paralysées », a-t-elle avoué. Le Nouvelliste a vainement tenté de contacter le Dr Ernst Noël, responsable du Programme national de transfusion sanguine (PNTS).