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Le Nouvelliste

Jean Josué Pierre, un diplomate-philosophe et expert en coopération internationale nous représente à Paris

Oct. 20, 2020, midnight

« Je suis habité par un certain nombre de passions magnifiques, comme la grandeur de notre histoire nationale, les relations internationales d’Haïti, la philosophie inhérente à notre existence de peuple-précurseur, mais aussi par ce que j’appelle désormais la cause haïtienne dans le monde. Tout mon parcours intellectuel et professionnel tourne autour de ces problématiques », nous confie le nouvel ambassadeur d’Haïti en France.  « J’ai la plus haute idée du génie historique national et j’ai la ferme conviction que notre diplomatie doit jouer un rôle de premier ordre dans la stratégie de développement du pays. Comme disait remarquablement un diplomate haïtien du 20e siècle, une nation qui ne dispose pas d’une grande armée ou de puissantes finances ne peut survivre que par l’excellente qualité de sa diplomatie », a renchéri le diplomate avec un accent de fierté patriotique dans la voix. Au cours de sa carrière diplomatique, Josué Dahomey a souvent été le conseiller en communication politique et la plume derrière la plupart des grands discours de nos Chanceliers et Ambassadeurs dans les arènes internationales. Plus récemment, il était conseiller spécial aux affaires politico-diplomatiques et coopération auprès du Ministre Claude JOSEPH. Autour du Chancelier, se constitue une équipe de belles têtes qui s’attellent à mettre en œuvre « une politique étrangère pragmatique, conforme à nos aspirations nationales » nous révèle-t-il. « Dans cette optique, révèle l’ambassadeur au Nouvelliste, la feuille de route est claire. Les priorités concernent essentiellement les dynamiques de coopération pour le développement, la stabilité et la sécurité multidimensionnelle. Qu’il s’agisse de coopération académique et universitaire, de coopération dans les domaines du renforcement des capacités, de la santé, de la formation de cadres administratifs, de policiers, de douaniers et de magistrats ; de renforcement de l’état de droit et de la bonne gouvernance ; d’appui à la production agricole et à la sécurité alimentaire ; à la gestion de l’eau. L’idée est de rompre avec une diplomatie de représentation oisive ». Pour l’ambassadeur, « l’image d’Haïti dans le monde devrait être considérée comme un de nos patrimoines historiques à préserver. Le ''narratif'' sur Haïti dans l’international ne se constitue pas que de mots. Il s’agit fondamentalement de perceptions qui nous assignent une place peu enviable dans le monde. Je suis convaincu que les diplomates ont aussi la responsabilité de contribuer à l’effort de développement national, tout en défendant les intérêts d’Haïti et des Haïtiens à l’extérieur ». L’ambassadeur Pierre se passionne tout autant pour la vie intellectuelle que pour l’action diplomatique internationale. Selon ses dires, « c’est un vrai régal de voyager dans le monde des idées et d’être en dialogue avec les grands penseurs à travers leurs écrits.Voilà pourquoi j’aime autant l’enseignement des théories que la pratique des relations internationales ». Le choix de Josué Dahomey Pierre comme ambassadeur d’Haïti en France paraît d’autant plus judicieux que l’homme connaît bien les milieux intellectuel et politique parisiens. Formé à l’ENS et à la Sorbonne, l’ambassadeur Josué Dahomey se félicite de partager avec le président français Emmanuel Macron une même formation de philosophe. C’est ainsi que lors de la présentation de ses lettres de créance au Président français, l’ambassadeur haïtien a eu un cordial échange avec le chef de l’État français à propos de leur passion commune pour la philosophie. «Il m’a confié que ses deux philosophes préférés sont Ricœur d’abord et Hegel ensuite. J’ai souri en lui disant que mes philosophes préférés sont d’abord Hegel et les autres ensuite. Et j’étais très heureux de savoir que nous sommes tous les deux de grands lecteurs de Hegel », a ajouté l’Ambassadeur au Nouvelliste. Ce qui fait également la force de l’ambassadeur Jean Josué Pierre, selon ses propres dires, est sa capacité à mettre sa grande culture théorique au service de l’action. Il se définit lui-même comme un « grand pragmatique », c’est-à-dire que pour lui, « la finalité de toute pratique théorique est l’action transformatrice de la société ». Ainsi, pour sceller définitivement l’alliance pragmatique de la théorie à la pratique, à la suite des études doctorales à la Sorbonne, il a été récipiendaire de la prestigieuse bourse Fulbright du Département d’État américain et a obtenu un Masters degree en « International Affairs, Cooperation and Development ». Il a alors travaillé comme spécialiste en développement dans plusieurs organismes internationaux avant d’entamer la carrière de diplomate. Conforme à ses idées pragmatiques, il publie dans des revues scientifiques et dans des tribunes de journaux ordinaires. Il a co-fondé en 2004 la revue de Recherches haïtiano-antillaises à Paris dans laquelle il a publié un certain nombre de ses idées politiques. Parmi ses nombreuses publications, il convient de citer : «La figure de l’esclave noir dans l’arc antillais» in Recherches haïtiano-antillaises, n° 1, Paris, L'Harmattan, 2004 ; «Subjectivisation de l’histoire, logique hégémonique et reconfiguration du politique» in Latinité et identité haïtienne: entre la tradition et la modernité. Rio de Janeiro and Port-au-Prince, Ed. Académie de la latinité (Dir. Candido Mendès), 2005 ; «État et société civile dans l’arc antillais» in Recherches Haïtiano-antillaises, n° 2, Paris, Ed. L’Harmattan, 2005 ; «Ci-gît la mémoire d’outre-mer: l’incohérence de la politique française face au passé colonial et au devoir de mémoire» in Recherches Haïtiano-antillaises, n° 3, Comment habiter la Caraïbe? Identité et diversité culturelle, Paris, Ed. L’Harmattan, 2005 ; La Caraïbe entre histoire et politique” Recherches Haïtiano-antillaises, n° 4, Paris, Ed. L’Harmattan, 2006 ; «Roumain mon gai savoir» in Mon Roumain à Moi, Port-au-Prince, DNL, Direction Nationale du Livre, 2007 ; Aimé Césaire, cet autre éducateur du genre humain! Hommage au père de l’humanité nègre” In Recherches Haïtiano-antillaises, n°6, Langue et Education dans la Caraïbes, Paris, Ed. L’Harmattan, 2008 ; Michel Rolph Trouillot : Une Citadelle contre les silences de l’Histoire, Le Nouvelliste.com, 2012 ; «Subjectivisation de l’histoire, logique hégémonique et reconfiguration du politique» in Latinité et identité haïtienne: entre la tradition et la modernité. Rio de Janeiro and Port-au-Prince, Ed. Académie de la latinité (Dir. Candido Mendès), 2005. Par ailleurs, le nouvel ambassadeur d’Haïti en France dit prendre la mesure des responsabilités qui lui incombent. Et il se dit prêt à défendre les intérêts du pays avec fierté et humilité. Échangé avec Josué Dahomey Pierre est un réel plaisir. L’homme est un savant dosage de culture et d’élégance. « Notre pays représente quelque chose qui nous dépasse. Nos difficultés ne nous ont jamais empêché de venir en aide aux combattants de la liberté. Nous avons aidé la Grèce à se libérer de l’oppression », rappelle l’ambassadeur. Il reprend l’expression de Jacques Stéphen Alexis pour dire que sa « belle amour humaine » du pays n’a d’égal que sa volonté de servir. Cette passion, l’Ambassadeur nous dit l’avoir  forgée dans une « lecture patiente d’Antenor Firmin, Démesvar Delorme, Louis Joseph Janvier, Price Mars, Jacques Roumain, Edmond Paul, Max Dorsinvil, Michel Rolph Trouillot, Lesly Manigat, René Depestre et tant d’autres ». Tous des hommes qu’il vénère.