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Le Nouvelliste

Plusieurs chefs d’entreprises auditionnés par l’ULCC

Sept. 30, 2020, midnight

Les enquêteurs de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) ont auditionné plusieurs chefs d’entreprises, un notaire et deux fonctionnaires de l’ONA. Si l’on en croit une correspondance envoyée à Réginald Boulos, P.D.G. de Délimart, cette audition concerne également Albert Christian Jean-Louis (propriétaire de Extra Market), Youri Latortue (mandataire de la ferme Latortue), Me Jean Henry Céant (ex-notaire de l’étude de notaire Céant), Rodrigue Polyte (directeur financier de l’ONA) et Reynald Benjamin (ex-directeur de l’ONA). L’audition a eu lieu le mardi 29 septembre dans les locaux de l’ULCC. Selon la correspondance sus-mentionnée, cette séance de « confrontation » visait « à apprécier les différentes contradictions relevées dans les auditions des acteurs concernés dans le dossier ONAMART/ONAPHARMA.  Joint par téléphone ce mercredi, l’homme d’affaires Réginald Boulos a confirmé avoir répondu à l’invitation de l’ULCC. Toutefois, il a souligné n’avoir rien compris de la démarche après plus de huit heures d’audition. « Dans la lettre, on avait mentionné qu’on devait éclaircir des contradictions entre les différentes auditions. Durant plus de huit heures, je n’ai relevé aucune contradiction. Les enquêteurs non plus. Cependant, nous avons utilisé cette journée pour clarifier le dossier et démontrer que ONAMART/ONAPHARMA est un bon projet qui favorise tous les employés de l’ONA, les assurés et les pensionnés, 409 000 au total. Ce n’est pas un prêt comme on veut le présenter. C’est un partenariat existant entre l’ONA et un réseau de supermarchés. Ces derniers doivent donner un rabais allant de 10 à 20% aux employés, aux assurés et aux pensionnés de l’ONA qui présentent leurs cartes », a expliqué l’homme d’affaires. Plus loin, Boulos indique que les enquêteurs ont pu découvrir que toutes les entreprises qui ont participé au programme ont remboursé les fonds qu’ils ont reçus régulièrement. De plus, soutient-il, toutes ces avances sont garanties par des hypothèques qui sont en relation avec les montants. « Il ne s’agissait pas de prêts individuels. Il s’agissait d’un programme créé par l’ONA en 2017, qui englobe plusieurs entreprises dans le cadre d’un accord de partenariat. C’est un projet de l’ONA. Celui-ci visait deux objectifs: améliorer la production nationale en encourageant les supermarchés à vendre plus de produits locaux et offrir une assistance sous forme de rabais aux employés, aux assurés et aux pensionnés de l’ONA », a-t-il précisé.  L’homme d’affaires Réginald Boulos dit ne pas comprendre pourquoi ce programme intéresse l’ULCC. « Depuis plus de huit ans, il y a des dossiers de corruption qui concernent beaucoup d’anciens ministres, d’anciens Premiers ministres, entre autres. Ce sont des dossiers de corruption bien établis. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi le dossier ONAMART/ONAPHARMA intéresse l’ULCC, si ce n’est pas dans le cadre d’une persécution politique. Il y a tellement de partenariats liant l’ONA à d’autres entreprises. C’est assez ironique que le partenariat qui intéresse le plus l’ULCC est celui qui implique deux hommes politiques », a-t-il fait remarquer.  Le notaire Jean Henry Céant a également répondu à l’invitation de l’ULCC. C’est ce qu’a confirmé son avocat, Me Camille Leblanc, joint par téléphone mercredi. L’homme de loi affirme qu’il n’y a pas eu de confrontation comme c’était mentionné dans l’invitation. « On a posé des questions complètement nouvelles et différentes. Mon client n’est pas concerné. Il n’a pas obtenu de prêt. Il a seulement exécuté les instructions de l’ONA en ce qui concerne les contrats hypothécaires », a-t-il révélé. Dans la foulée, Me Leblanc dit lui aussi ne pas comprendre ce que cherche l’ULCC à travers ces auditions. « Le programme ONAMART/ONAPHARMA est conçu pour donner de meilleurs avantages aux employés, assurés et pensionnés de l’ONA. Cette institution a fait des placements au lieu d’épargner cet argent dans les banques sans pouvoir bénéficier d'intérêts en retour. Autrefois, ces montants étaient déposés dans certaines banques qui en ont fait leur beurre. J’ai l’impression que ce sont ces banques qui sont autour du pouvoir en place qui font des pressions pour bloquer ces programmes. L’ULCC est en charge de la lutte contre la corruption mais je ne vois pas en quoi ce dossier peut être un cas de corruption », a-t-il estimé.  L’homme d’affaires Reginald Boulos, désormais converti en politique, croit qu’il est en droit de se demander si l’ULCC n’est pas en train de faire de la persécution politique avec ce dossier. « Je m’appuie sur trois facteurs pour soutenir mon interrogation, dit-il. Cela fait trois ans que je demande à l’ONA de publier la liste de tous ceux qui ont reçu avances, prêts ou qui ont un partenariat avec l’ONA, et qui ne sont pas à jour. On ne l’a jamais fait. De plus, le seul partenariat qui intéresse l’ULCC est celui qui implique des hommes politiques, perçus comme des membres de l’opposition. Et enfin, la célérité avec laquelle ce dossier est traité, comparativement à d’autres dossiers qui devraient intéresser l’ULCC ou qui sont déjà au niveau de cet organisme. Cela nous amène à poser des questions. Je n’ai pas la preuve qu’il s’agit de persécution politique, mais je pense que l’opinion publique en est convaincue », avance Reginald Boulos.