Le Nouvelliste
Bonne année 2020 : Changeons de mentalité pour forcer le changement du système !
Jan. 7, 2020, midnight
En début d’année la tradition veut qu’on fasse le bilan et qu’on prenne des résolutions ! Entre deux cuillerées de soupe, on se fait des promesses que nous aurons oubliées avant les Rois. Au niveau national, c’est plus compliqué. Le bilan est un exercice souvent douloureux pour une société. Il l’est davantage pour une nation coincée entre le Moyen-âge et la Révolution industrielle, au tournant de deux décennies du XXIe siècle. Nous crions tous notre désir de changements. Tout le monde veut le démantèlement du système : les membres de la classe politique, la classe des affaires, la population, et même le pouvoir… Qu’est-ce qui nous en empêche alors ? Haïtiens, Haïtiennes, il manque l’acteur principal dans le changement du système : Nous-mêmes ! Haïti ne changera pas si nous n’élevons pas notre conscience afin de mettre notre poids dans la balance transfiguratrice de notre société. La position de spectateurs qu’adoptent la majorité d’entre nous est inadmissible. Au point où nous en sommes, même le rôle de simple acteur est irrecevable. Nous devons tous et toutes contribuer à réécrire le scénario de notre avenir. Attention, il ne s’agit pas de se culpabiliser mais de se responsabiliser, car nos actions, comme notre passivité, ont leurs conséquences. Néanmoins, la sommation des bonnes volontés individuelles ne suffira pas. Le citoyen ne contrôle pas l’anachronisme d’un secteur privé allergique à la modernité. Le citoyen ne détermine pas les choix de politiques économiques qui nous plongent de jour en jour dans une dépendance croissante. Le citoyen ne peut pas jouer le rôle des universitaires davantge préoccupés par leur devenir politique que l’avenir de la société. En revanche, le citoyen doit exercer sa vigilance démocratique, à travers les organisations et les mouvements sociaux, à l'instar du mouvement PetroChallenge, et forcer le relais de la politique et l’accompagnement par des propositions cohérentes de l’intelligentsia du pays... L’insécurité alimentaire du tiers de la population, la mal éducation de la majorité des écoliers haïtiens, l’insalubrité de nos villes, l’absence de soins de santé pour la majorité d’entre nous, cela nous concerne… Changer le système, c’est adopter un changement dans notre culture égoïste pour celle de l’action et de l’engagement collectif… Nous devrions nous approprier l’injustice que subit l’autre dans une démarche de réflexion et d’action empathiques. Nous sommes en déclin. Le leadership politique manque d’imagination, nos leaders l’ont prouvé avec la « stratégie du lock ». Nous pouvons même parler de manque de responsabilité tant du côté du pouvoir que du côté de l’opposition qui a misé sur l’usure causée par notre assignation à résidence. Leur espoir de prendre le pouvoir pour les uns ou de se maintenir au pouvoir pour les autres reposait sur nos privations, sur nos faillites, sur notre désespoir, sur l’escalade des morts. Cette stratégie guerrière se déroulait, comme l’a si bien dit Sauveur Pierre Etienne, dans un pays qui présente toutes les caractéristiques d’un champ de bataille, n’était pas logique. Haïtiens, Haïtiennes, nous ne pouvons pas compter sur ces preneurs d’otages pour nous offrir l’émancipation et la liberté. Nous devrions partir du vécu des uns et des autres pour affronter l’arbitraire de ce système qui nous déshumanise et nous écrase. La vraie révolution est de commencer à se voir en l’autre, indépendamment de l’origine sociale de notre vis-à-vis. Nous devrions développer le sens commun. Le professeur Hérold Toussaint nous a interpellé, le 5 décembre dernier, durant l’émission « Haïti, Sa k ap Kwit ? », par une double-question bouleversante à laquelle chaque Haïtien devrait répondre, en se regardant dans un miroir : Est-ce que nous aimons réellement Haïti ? Est-ce que nous protégeons réellement le bien commun ? Sur la même lignée, il nous a invités à renoncer à la culture du mépris et adopter « L’alternative du Commun ». Ce sont de nouvelles idées et le courage de les exprimer qui nous éviteront l’effondrement. Nous devrions, également, adopter la posture de l’écoute… Et comme le dialogue semble difficile, pourquoi ne pas se faire aider par des experts en la matière et d’autres qui l’ont expérimenté avec succès ? Le dialogue social est une bonne idée mais il est une réalité complexe qui demande des procédés et des mises en place… Qui ? Quoi ? Où ? Comment ? La plupart de nos politiciens nous ont démontré les limites de leur compétence stratégique et de leur intelligence à nous diriger, ainsi que la minceur de leurs vertus morales. Le leadership de ce dialogue doit venir de nous les citoyens ou d’un gouvernement élu d’une élection libre avec un mandat clair de la population. Nous devrons ausculter notre société pour diagnostiquer nos maux et nous réconcilier avec nous-mêmes.