this used to be photo

Le Nouvelliste

Financement monétaire record et perspectives affolantes…

May 12, 2020, midnight

En ces temps de crise, l’État a eu recours à la Banque de la République d'Haïti (BRH) pour obtenir des financements conséquents. Au 8 avril, le financement monétaire du déficit a atteint 29 milliards 411 millions de gourdes, selon les données sur les indicateurs économiques au 13 avril 2020 de la BRH. Le ministre de l’Économie et des Finances, Michel Patrick Boivert, se référant au niveau du financement jusqu’à fin mars, a reconnu que « les finances publiques haïtiennes accusent un niveau de financement de la BRH au-dessus des attentes ». Ce niveau de financement de la BRH est compréhensible vus les récents chocs, étant donné qu’on ne saurait faire d’arbitrage entre le financement monétaire et la vie de gens, a fait savoir le grand argentier de la République qui compose avec les effets de « peyi lôk », la baisse des recettes internes et une urgence sanitaire provoquée par le covid-19.  Sur la baisse de recettes internes, le ministre Boivert, a, le 29 avril dernier, lors du 10e Sommet international de la finance, dressé un tableau de la situation. «Les recettes, en moyenne mensuelle, sur le premier semestre (19-20) qui étaient de 6.8 milliards de gourdes sont tombées à 4.8 milliards au mois d’avril 2020 ; en glissement annuel sur les cinq premiers mois de l’exercice, les importations ont chuté de 24% et les exportations de 9%. Une contreperformance a été constatée dans la mobilisation des recettes. Un manque à percevoir de 3,7 milliards de gourdes sur le premier semestre, soit 41,1 milliards G collectées contre 44,9 milliards gourdes prévues. Les dépenses budgétaires totales accusent une hausse de 20%, en raison des actions du gouvernement pour protéger la population haïtienne et supporter l’économie nationale contre les effets négatifs du Covid-19 », a confié le ministre Michel Patrick Boivert.  « Le taux de change qui a été quasi stable sur les quatre premiers mois de l'exercice (-0.31% en moyenne mensuelle), a connu une variation brusque de 1.7% et 3.1% respectivement en février et mars 2020, avant d’atteindre le niveau de 104.38 gourdes (TMA) pour un dollar américain au 27 avril 2020 », a indiqué le MEF qui a aussi égrené les « effets négatifs directs affectant entres autres le secteur réel et les finances publiques » ces derniers mois. « Les flux de touristes qui étaient de 18,000 par mois en moyenne sur le deuxième semestre en 2018-2019 risquent de tomber à quasi-zéro pour le reste de l’exercice 2019-2020 ; les exportations et les importations pourraient connaitre des baisses substantielles par rapport à leur niveau habituel ; la diaspora haïtienne étant très touchée, les flux de transfert des migrants pourraient reculer jusqu’à 25%compte tenu des impacts de la pandémie sur l’économie américaine ; les investissements directs étrangers (IDE) qui s’élevaient à 75 millions de dollars au cours de l’exercice fiscal 2018-2019 pourraient diminuer de moitié », a indiqué le MEF, soulignant que « la fermeture des accès au territoire national qui a aussi perturbé les importations de certains produits dont dépend la consommation nationale, ce qui aurait pour conséquence, entres autres, une accélération de l’inflation ».  « La fermeture de certaines usines et industries qui a entraîné le ralentissement de la production nationale, des manques de revenus chez des travailleurs et une baisse au niveau des revenus d’exportation ;Le ralentissement généralisé de l’activité économique qui fait chuter à la fois les revenus privés et publics, avec des effets indésirables sur le taux de chômage ; le taux de croissance pour l’exercice 2019-2020 qui était prévu à -0.7% pourrait tomber à -4.0% sur l’exercice en cours », a indiqué le ministre de l’Économie et des Finances. En termes de perspectives, le ministre a évoqué « l’annulation du service de la dette du FMI de 5.6 millions de dollars sur 6 mois » et « un appui du FMI de 111.6 M de $ à la balance des paiements, au titre de Facilité rapide de crédit, dont l’équivalent en gourdes a été rétrocédé au MEF par la Banque centrale sur la forme d’appui budgétaire indirect », a indiqué Michel Patrick Salomon. « Nous nous sommes engagés à négocier avec le staff du FMI un programme de Réformes dénommé SMP (Staff Monitored Program suivi par les services du FMI) qui s’étendra sur les six prochains mois. L’objectif étant d’établir les bases pour les négociations d’un programme sur le moyen terme au titre de la Facilité Élargie de Crédit (FEC) au début de l’exercice prochain », a-t-il ajouté.  « Nous continuons non seulement à travailler pour mobiliser des ressources additionnelles en vue de financer le plan de réponse de Covid-19 mais nous poursuivons les négociations avec la BID et banque mondiale en vue de parvenir à l’élaboration de nouveaux programmes devant permettre d’accompagner les familles défavorisées et les aider à mieux faire face aux mesures sanitaires prises dans la lutte contre le coronavirus », a poursuivi le MEF, soulignant que « parallèlement, des mesures sont en train d’être mises en œuvre afin de lever les contraintes entravant le décaissement et l’exécution des projets déjà en cours, et d’arriver à l’amélioration de notre capacité d’absorption afin de stabiliser les indicateurs macroéconomiques et contribuer à l’amélioration des conditions de vie de la population et à leur accès aux services de base » .  « Le gouvernement déploie tous les efforts nécessaires pour maintenir un cadre macro-économique stable et se veut rassurant », a indiqué le ministre de l’Économie et des Finances. Le Premier ministre Joseph Jouthe, ex-ministre de l’économie et des finances, a, cette semaine, sur Magik 9, fait la part des choses entre annonces et fonds disponibles. «…Je peux seulement vous dire aujourd’hui que nous avons reçu un support du FMI. J'en profite pour remercier les autorités américaines qui nous ont donné un grand support dans ces négociations qui ont duré les six mois que j’ai passé au MEF », a précisé Joseph Jouthe. Les 111 millions de dollars du FMI sont disponibles pour le Trésor public. « Tout le reste, ce sont des annonces. Nous attendons des actions concrètes », a-t-il ajouté. L’essentiel des actions dans le cadre de la réponse au Covid-19 est financé par le Trésor public. Entre-temps, l’État n’a pas comprimé les dépenses courantes. Elles ont été de 32  milliards de gourdes entre octobre 2019 et février 2020, soit une variation de 15 %.               Pour les traitements et salaires, entre octobre 2019 et le 20 février 2020, 17 milliard 609 millions de gourdes ont été engagés, soit une variation de 14%, selon des données obtenues du Tableau des opérations financières de l’Etat (TOFE):                                              L’accumulation d’arriérés de salaires a valu, fin avril, une nouvelle attaque de « policiers » d’un groupe dénommé « Fantôme 509 ». Avec peu de ressources et le couteau sous la gorge, un peu plus de 100 millions de gourdes d’arriérés ont été payés. Pour le moment, il faudra attendre et voir si les appuis financiers assez limités et la baisse souhaitée de la subvention des produits pétroliers aura un quelconque effet sur le financement monétaire du déficit.                                            Entre-temps, l’État inonde le marché de gourdes. Des propriétaires de ces gourdes se mettent souvent à la recherche de dollar, dont le statut de monnaie refuge se retrouve consolidé. Les proportions de l’épargne en dollars, plus de 60 %, pourraient s’accroître.                         Après avoir franchi le cap des 100 gourdes pour un dollar, la gourde continue sa chute même si les importations diminuent.                    Pour Haiti, les effets du Covid -19 seront bien plus que sanitaires, se sont accordés à dire des analystes alors que des agences du système des Nations unies redoutent la famine face à l’aggravation de l’insécurité alimentaire.