Le Nouvelliste
Covid-19 : « Nous ne devons pas fonctionner dans l’imprécision », soutient le professeur Jean Waddimir Gustinvil
April 28, 2020, midnight
Certes, il reconnait que la pandémie nous arrive à un moment où il y a eu beaucoup de fissures, de disparités et d’inégalités sociales dans le pays. La crise rend la situation davantage fragile qu’il ne l’était auparavant. Mais le professeur Jean Waddimir Gustinvil croit qu’elle nous offre aussi l’occasion de retisser les liens sur les différents niveaux de la société. Pour lui, il y a nécessité d’avoir un « Etat créateur de forts liens sociaux et culturels entre les différents groupes du pays». C’est l’occasion également de poser les véritables questions d’ordre anthropologique, pour parvenir à repenser « l’homme haïtien ». Pour lui, il est venu le temps pour le pays de s’ouvrir au savoir du monde. L’Etat doit encourager la recherche, la production de données scientifiques dans le pays. Une manière d’intégrer la science dans notre vie au quotidien. L’enseignant-chercheur, membre du laboratoire Langages, discours et représentations (Ladirep), croit que nous devons prendre conscience que nous ne pouvons pas continuer à fonctionner dans « l’imprécision ». L’université doit pouvoir jouer son rôle dans la société à ce niveau aussi. La crise de confiance constitue un véritable problème... Analysant le comportement plutôt « réticent » de la population vis-à-vis des consignes des acteurs du gouvernement haïtien face à la crise, le professeur Gustinvil croit, à l’instar de plusieurs autres observateurs, que se pose un problème de « crédibilité » de la part des acteurs portant les messages. L’universitaire estime que le coronavirus (Covid-19) nous arrive à un moment où il existait déjà une crise de confiance dans le pays par rapport aux autorités établies. « C’est un véritable problème », a-t-il soutenu. Selon lui, les gens ne croient pas dans la capacité de l’État à répondre à la crise. C’est une réaction collective exprimant le désespoir due à l’insouciance de l’État. « Une bonne partie de la population végète dans la misère crasseuse. Les gens ont compris (peut-être) que, de toute manière, ils ne doivent compter que sur eux-mêmes », analyse-t-il. Or, enchaîne-t-il, lorsqu’on a un problème de crédibilité dans les plus hautes sphères de l’État, cela affecte l’ensemble du corps social. Pour le professeur Jean Waddimir Gustinvil, les autorités devraient réactiver la confiance devant être reliée dans la société. Ce moment de crise nous montre l’importance de la confiance et de la crédibilité. Le philosophe croit qu’il est venu le temps de faire de la politique autrement dans le pays où les gens nagent au cœur du désespoir. En ce sens, il pense qu’il faut que l’on arrive à dégager des sphères d’espérance articulées à travers un ensemble de pratiques permettant à tous de trouver des opportunités. D’après le professeur Gustinvil, le Covid-19 peut nous enfoncer dans le trou ou nous permettre de nous en sortir. Tout dépendra des choix que nous choisirons de faire en tant qu’acteurs de la société.