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Le Nouvelliste

Crise politique : les Etats-Unis et la France ne sont pas sur la même longueur d’onde…

Oct. 6, 2020, midnight

Les Etats-Unis, après avoir prévenu qu’il y aura des « conséquences »pour ceux qui font obstacle aux élections, avaient pris note de la formation du CEP tout en attendant la publication du décret et du calendrier électoral. Les Américains n’ont pas pipé mot après à cause du tollé provoqué par le mandat inconstitutionnel confié à ce CEP, investi par le président Jovenel Moïse, sans avoir prêté serment, comme l’exige la Constitution. Entre ce fin septembre et ce début d’octobre, les Américains sont restés sur leur position vis-à-vis  des élections et du CEP. «Durant ma conversation samedi avec le président Moïse, je l’ai exhorté à réaliser les élections aussitôt que ce sera techniquement faisable, de façon à rétablir le Parlement», a indiqué l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, Kelly Craft, lundi, à une réunion du Conseil de sécurité sur Haïti. «Les États-Unis continuent d’encourager le gouvernement à faire le nécessaire pour organiser ces élections législatives déjà en retard et à sortir de cette période de gouvernance par décret», a-t-elle indiqué. Selon l’ambassadeur Craft, «alors que l’annonce par le gouvernement haïtien des membres du CEP était un pas nécessaire dans cette direction, beaucoup de travaux restent à faire pour approuver une loi, un budget et un calendrier électoral. Le peuple haïtien mérite la paix, la prospérité, la stabilité, ce qui est possible seulement à travers un gouvernement et un Parlement répondant aux aspirations des citoyens», a-t-elle souligné avant de partager ses préoccupations face à la violence et aux actes de violation des droits humains perpétrés par les gangs armés. Nathalie Broadhurst, représentante adjointe de la France auprès des Nations unies, contrairement aux Américains, n'attend pas qu’un décret et un calendrier électoral. Après avoir souligné qu’Haïti traverse une crise politique aggravée par la non tenue des élections l’an dernier pour renouveler le Parlement, la diplomate française a souligné que la résolution de la crise « ne pourra advenir qu’à l’issue d’un dialogue national inclusif entre toutes les forces politiques du pays, notamment avec l’opposition, la société civile et le secteur privé ». « Ce dialogue est indispensable pour garantir l’organisation crédible et transparente des prochaines échéances électorales et de la révision de la Constitution, si tel est le souhait des Haïtiens », a indiqué Nathalie Broadhurst, représentante adjointe de la France auprès des Nations unies . « La France exhorte le président Jovenel Moïse à être à la hauteur des circonstances pour mettre fin à cette situation de blocage », a-t-elle indiqué. « Cet appel à la responsabilité politique est d’autant plus nécessaire que la crédibilité des institutions est profondément ébranlée en Haïti, ce par des affaires de corruption. La société civile haïtienne réclame depuis de nombreuses années la transparence face à ces affaires qui détruisent la confiance de la population envers leurs institutions », a dit Nathalie Broadhurst, représentante adjointe de la France auprès des Nations unies. « Prendre en compte ces revendications est une condition essentielle pour renouer le lien de confiance avec la population haïtienne. C’est pourquoi la lutte contre la corruption doit être la priorité absolue de la classe politique haïtienne », a-t-elle ajouté. L’appel à consensus politique minimal de l’ONU Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a de son côté appelé à un « consensus politique minimal » dans le cadre de l’organisation des élections pour éviter que celles-ci, comme par le passé, soient émaillées de violences préjudiciables à la population. « Un consensus politique minimal, assorti d’un plan réaliste pour la tenue d’élections, qui fixe notamment le cadre électoral, le calendrier, les listes électorales et le budget, et un Conseil électoral provisoire pleinement fonctionnel sont nécessaires pour garantir des élections libres, équitables et transparentes qui confèreront une légitimité au système politique et renforceront les institutions de l’État et la bonne gouvernance », a indiqué le secrétaire général de l’ONU dans le chapitre « observations » de son dernier rapport au Conseil de sécurité sur Haïti.  « Dans le cas contraire, a souligné Antonio Guterres, la population haïtienne pourrait une fois de plus être victime de violences politiques similaires à celles qui ont entaché les élections précédentes. Je réitère donc mon appel, avec une urgence renouvelée, au gouvernement et aux acteurs politiques et ceux de la société civile pour qu’ils mettent de côté leurs différences et tirent parti de cette occasion historique de répondre aux attentes populaires en s’accordant sur les réformes de gouvernance nécessaires », a insisté Antonio Guterres qui offre ses bons offices en mettant ses représentants au service d’un dialogue entre les acteurs en Haïti. L’environnement actuel est difficile, marqué par une crise constitutionnelle, politique, économique et de gouvernance, avec une résurgence de la violence en toile de fond, a indiqué la représentante du secrétaire général de l’ONU en Haïti, Helen Meagher Lalime au Conseil de sécurité. Elle a rapporté ONUINF, indiqué « qu’’Haïti lutte à nouveau contre le spectre de l’instabilité, et l’appréhension de l’avenir est de plus en plus palpable, surtout depuis l’assassinat, le 28 août, du président du barreau de Port-au-Prince, maître Montferrier Dorval ». Le président Moïse a nommé le CEP le 18 septembre. Elle a procédé à l’investiture le 22 septembre. Le Core Group, regroupement d’ambassadeurs, ne s’est pas exprimé. Les Américains sont les seuls à s’être exprimés sur ce CEP. Roberson Alphonse