Le Nouvelliste
Les gangs entreront un jour au Palais national, prophétise Evans Paul
July 29, 2020, midnight
L’ancien Premier ministre Evans Paul n’a pas de boule de cristal. Mais en tant qu’acteur politique et fin observateur des faits sociaux, il est convaincu que sa prophétie sera accomplie si rien n’est fait pour résoudre le phénomène des gangs à travers le pays. « Toute maladie non traitée est appelée à dégénérer. Aujourd’hui, si le problème n’est pas pris au sérieux, demain l’héritage sera beaucoup trop lourd et cela deviendra ingérable. Ils entreront un jour au Palais national », prévoit Evans Paul, rappelant que le problème des gangs n’a pas commencé sous le règne du PHTK. « Ce problème a commencé à Cité Soleil avec l’affaire Christine Jeune », a-t-il indiqué mercredi sur les ondes de Radio Magik 9 tout en précisant qu’il n’entend « ni stigmatiser ni angéliser » personne. Le pouvoir en place est accusé, notamment par les organisations de défense des doits humains, d’entretenir des liens avec les principaux chefs de gangs de la capitale. Rejetant ces accusations, le chef de l’État a, pendant une visite dans le Nord la semaine dernière, pointé du doigt certains acteurs de l’opposition qui utilisaient les services des bandits pour semer le trouble dans le pays lors des derniers mouvements de protestation contre l’exécutif. « Personne ne devrait éprouver du plaisir à s’associer avec des bandits en pensant qu’il va en tirer des avantages. Qu’on soit de l’opposition ou du pouvoir en place. Tous les avantages qu’on peut en tirer ne seront que de courte durée et extrêmement dangereux pour sa propre image », affirme Evans Paul. Le Premier ministre Joseph Jouthe avait lui-même déclaré qu’il a l’habitude d’avoir des conversations téléphoniques avec l’un des puissants chefs de gangs de la capitale. Une révélation qui avait provoqué un véritable tollé. « À chacun sa façon de dénouer un problème. Le fait par le Premier ministre Joseph Jouthe de parler avec des bandits ne veut pas dire qu’il est leur parrain. Cela pourrait être une approche », dédramatise Evans Paul pour qui les gangs doivent être condamnés par l’ensemble de la société. « Les membres des gangs agissent par instinct. Ils commettent des actions abominables. Ce sont des ennemis de la société », soutient le fondateur de la KID, qui pense qu’il « faut se pencher sur ce problème avec le sens des responsabilités et de la transcendance ». Evans Paul refuse d’aborder le phénomène des gangs qui chaque jour prend de l’ampleur selon une perspective purement électoraliste. « Les gangs constituent un problème réel qui affecte le quotidien des Haïtiens. Ce n’est pas lié uniquement à un contexte électoral », souligne Evans Paul qui soutient que le phénomène est « une urgence nationale qui doit être abordée ».