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Le Nouvelliste

Vivre en Haïti : à quel prix ?

Oct. 21, 2020, midnight

Sur la route du Canapé-Vert, peut-être avez-vous remarqué la carcasse d’une Suzuki Grand Vitara éventrée, calcinée. Eh bien, c’est la mienne, ou devrais-je plutôt dire : c’était la mienne, jusqu’à ce qu’un petit groupe en colère y ait mis le feu, ce samedi 17 octobre. Un proche, sorti à l’aube pour une urgence, s'est retrouvé face à des barricades. Il croyait que le caducée tagué sur le pare-brise l’aiderait à sortir indemne de ce mauvais pas, ou mieux, qu’il n’aurait qu’à raisonner ses interlocuteurs pour qu’ils comprennent vite à quel point il était un citoyen paisible et respectueux, et le laissent partir. En un battement de cils, la voiture a essuyé des jets de pierres, puis des tirs à l’arme lourde, sans aucune explication. Le conducteur a dû vite en sortir et courir à toutes jambes pour sauver sa vie. Quelle a donc été sa faute ? Je frémis d’effroi en voyant les photos de la voiture incendiée, en pensant que j’ai failli perdre un proche, pour rien, ou que j’aurais pu être moi aussi, avec mon fils de six ans, dans ce même véhicule, au même moment. Je ne suis pas politisée. Je suis un médecin, une jeune mère qui se contente de bien faire son travail. Croyez-moi, dans le contexte actuel, c’est déjà beaucoup. Que ma pauvre voiture immatriculée Privée, procurée difficilement et entretenue non sans peine, ait été détruite gratuitement, dans pareille circonstance, c’est à se demander quelle cause cela fait avancer. Sur la route du Canapé-Vert, vous verrez les restes d’une voiture incendiée. Ils sont là comme une anomalie, comme une question aux passants : nous, professionnels, avons-nous encore le droit de vivre et d’exercer notre métier dans ce pays ?