Le Nouvelliste
« Haïti en musique », maître ouvrage du maestro Marc Lamarre
Oct. 22, 2020, midnight
Le maestro Marc Lamarre signe, ce dimanche 25 octobre, en sa résidence à Delmas 33 (en face de l'hôpital La Paix) « Haïti en musique », le tout premier d’une série de livres sur la musique de chez nous. L’homme, qui récoltera le 29 octobre son 91e anniversaire, entend avec cet ouvrage, à mi-chemin entre le beau livre et le livre de chevet, conjurer l’ignorance d’une majorité du peuple haïtien vis-à-vis de ce patrimoine inestimable. Marc Lamarre, le 12e d’une tribu de 15 enfants d’une famille de Saint-Marc, a tant appris, vu… au cours de sa vie. Pour lui la Deuxième Guerre mondiale, la célébration du bicentenaire de Port-au-Prince, l’avènement du compas direct sont des souvenirs de jeunesse bien ancrés dans sa mémoire impeccable. Entre Marc Lamarre et la musique haïtienne, c’est une histoire d’amour tout aussi longue que son existence. Dès 14 ans, avec ses grands frères, il monte Le Jazz Sénat en hommage à leur père Fleury Sénat, lui-même ayant fait partie d’une fraternité de mélomanes dans la cité de Nissage Saget. Le Jazz Sénat n’est pas un groupe lambda puisque c’est bien en son sein que l’immense Guy Durosier a fait ses premiers pas alors âgé de 16 ans. Au lycée de sa ville, un pote à lui ayant fait partie de la fanfare initie Marc à la trompette. Il lui arrivera d’abandonner la musique pendant quelque temps pour se consacrer à ses multiples études en éducation, en agronomie et en électricité. « Mon père, quoique mélomane, m’a fait croire que la musique est juste un passe-temps de jeunesse et qu’il ne faut pas l’envisager comme carrière », confie-t-il. En retournant à ses premières amours, il monte « Les Diables du Rythme » de Saint-Marc que Jean Jean Pierre place dans le panthéon à côté de Septentrional. Le groupe compte des tubes, dont « Célina » et « Mazora ». Le deuxième, longtemps utilisé par Sicot à Port-au-Prince, loin du fief des Diables du rythme, contribuera en partie à la construction de la légende de ce dernier, selon Marc. Notre interlocuteur a vécu aux États-Unis juste quelques années, notamment dans la capitale pour des études supérieures, à savoir Boston, et a trouvé le temps de monter, sur demande des mélomanes de cette ville, Haïti Combo qui deviendra Volo Volo à son départ. Marc est un vieux routier de la fonction publique. Il est passé de professeur à commissaire de la Jeunesse et des Sports et inspecteur… Il lui est même arrivé de dire non à Jean-Claude Duvalier qui lui demandait son avis sur la transformation du commissariat de la Jeunesse et des Sports en ministère. « J’y voyais les manigances des suppôts du jean-claudisme, dont Roger Lafontant. Je n’y adhérais pas », rapporte-t-il. L’idée d’un livre sur la musique haïtienne jaillit un jour au ministère de la Culture où il a travaillé également. On a apporté un livre sur le sujet d’un autre auteur. S’est en suivi un débat suscité par les nombreuses fautes, les multiples approximations que cet ouvrage contenait. Quelqu’un, au fort du débat, lui aurait dit : « Et si toi tu en écrivais un en tant que témoin privilégié de cette époque ? » L’homme riche en années répondit : « Pourquoi pas ? ». En attendant le support du ministère qui ne viendra jamais, Marc effectue ses recherches, colle tous les morceaux en juste deux ans. Et « Haïti en musique » voit finalement le jour. 160 mélodies populaires y sont présentées en partition. Il y parle des auteurs, de l’origine et des artistes qui les ont popularisées. Le livre contient aussi un essai sur l’histoire de la musique de la période allant de l’arrivée de Christophe Colomb à nos jours. Si « Au clair de la lune » qui est une chanson qui date de l’an mille, « Sur le pont d’Avignon » qui remonte au règne de Charlemagne nous parviennent, c’est qu’il y a un travail de transmission qui s’est fait. En Haïti, le gros de la population ignore l’histoire des chansons qui datent de 1980. « J’entends avec ce livre conjurer cette ignorance d’un patrimoine inestimable », confie l’auteur qui pense déjà à un volume 2. L’on se plaint souvent que la musique haïtienne ne va pas au-delà de notre cadre. Selon lui, c'est parce que justement on ne la met pas en partition. Jean Jean Pierre, qui nomme Marc Lamarre comme le maestro des maestros sur son téléphone, exulte de joie en constatant que l’homme aux neuf décennies a pris le soin d’écrire en partition 160 chansons populaires. « Ce faisant, il rejoint le club sélect auquel appartiennent déjà Julio Racine qui vient de nous quitter, Ludovic Lamothe… qui poussent au plus haut ce grand patrimoine », ajoute ce grand connaisseur. Le grand Raoul Guillaume, en 4e de couverture, félicite cet effort de Marc de combattre l’indifférence à tant de grands contributeurs de notre musique. « Nous saluons respectueusement ce remarquable chercheur qui a pensé à inclure dans ce précieux document deux chefs de fanfare exceptionnels, victimes jusqu’ici d’une injuste indifférence : Luc Jean-Baptiste et Augustin Bruno », lit-on au dos du bel ouvrage. Marc conclut en disant que son livre s’adresse tant aux musiciens qu’aux mélomanes, aux étudiants… tout le monde. Il nous donne donc rendez-vous chez lui pour se procurer l’ouvrage au prix de 2 500 gourdes.