Le Nouvelliste
Les gangs n’ont pas d’états d’âme pour les ambulances
Aug. 7, 2020, midnight
« Désormais quand vous croisez une ambulance du côté de l’Artibonite, ouvrez grand vos yeux pour voir si ce n’est pas le véhicule immatriculé SE-03636 et 114 comme numéro mobile qui a été détourné dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 2020, dans l’intervalle de 11 heures et demie et minuit par les hommes armés de Savien. Il se pourrait que ces hommes vous croisent pour vous tendre une ambuscade », a prévenu, le ton peiné, le directeur général du Centre ambulancier national (CAN), le Dr Didier Hérold Louis, le vendredi 7 août, à la salle de conférence du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP). « Notre ambulance basée dans le Nord’Est du pays revenait d’un service d’urgence à l’hôpital de Mirebalais. À cause des problèmes de la route, elle traversait l’Artibonite pour gagner le Nord », a souligné le Dr Louis. Aussitôt que l’incident est survenu, la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a été alertée. L’incident, qui s'est produit entre Pont-sondé et carrefour Pèy, jette le trouble du côté des ambulanciers. Le MSPP a dû référer ces derniers à des psychologues. En ce même mois de juillet, une autre tragédie est survenue à carrefour Marassa, dans la commune de Croix-des-Bouquets. Des hommes armés de machette et d’armes à feu ont fait irruption à bord d’une ambulance de la CAN transportant un blessé qu’on avait pris devant l’hôpital La Sainte Famille. Les truands ont tiré à bout portant sur le blessé et ont assuré les ambulanciers qu’ils pouvaient poursuivre tranquillement leur route et qu’ils se chargeraient de jeter le cadavre dans la nature. Les ambulanciers ont transporté le patient à l’hôpital. Quatre heures plus tard, il a rendu l’âme. Le Dr Didier Hérold Louis se demande, inquiet : Est-ce que dans l’Artibonite, 2e département du pays, en termes de densité démographique, la flotte de la CAN pourra continuer à traverser ces voies dangereuses contrôlées par des gangs armés sans foi ni loi ? Pour protéger le professionnel de santé, des mesures de restriction seront prescrites si rien n’est fait. En attendant, depuis le 17 juillet, le MSPP, a fait savoir le Dr Didier, a adressé une correspondance à la direction de la PNH pour l'informer de ce fait. À quand le mobile 114 reviendra-t-il à la base du Centre ambulancier national ? CAN dispose de 71 ambulances fonctionnelles réparties à travers différents réseaux ambulanciers départementaux. Elles assurent les cas d’urgence sanitaire, le transport des malades, des blessés, des femmes sur le point d’accoucher; ils transportent, entre autres raisons. Notons qu’une partie de la flotte et du personnel est affectée à la prise en charge des patients du coronavirus. En dépit de cette charge sanitaire, cette structure ambulancière relève dans son parc de véhicules une bonne cinquantaine en panne. Le directeur du CAN assure que les partenaires du MSPP se penchent sur ce matériel roulant pour le remettre en fonction.