Le Nouvelliste
Le ministre de la Justice part en guerre contre les spoliateurs dans la région du Nord
Oct. 30, 2020, midnight
Les conflits terriens sont monnaie courante en Haïti. Dans certains départements, dont le Nord et le Nord'Est, des spoliateurs envahissent de vastes domaines appartenant à des particuliers ou à l'État haïtien. Ce phénomène qui prend de l'ampleur de jour en jour a interpellé les plus hautes autorités du pays, dont le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me Rockefeller Vincent. En tournée dans la région, le vendredi 23 octobre 2020, le ministre de la Justice a rencontré plusieurs acteurs et concernés au sein de l'appareil judiciaire des deux départements, dont les commissaires du gouvernement des juridictions du Cap-Haïtien et de Fort-Liberté, des juges, des avocats, des notaires, des arpenteurs, des responsables régionaux de la Direction générale des impôts (DGI), des délégués et vice-délégués, des maires et aussi des victimes du ''dechoukaj''. Lors des assises tenues au centre polyvalent de Quartier-Morin, au Centre de lecture et d'animation culturelle (CLAC) de Limonade et au palais de justice de Fort-Liberté au cours de cette même journée, le ministre Rockfelller Vincent a fait savoir que sa tournée s'inscrit dans le cadre de l'application de la feuille de route du gouvernement Jouthe qui est axée, selon lui, sur deux grands axes d'action, à savoir combattre l'insécurité foncière et la criminalité. « Le gouvernement ne va tolérer aucun bandit, malfrat, déchouqueur, quels que soient sa couleur, son statut, son grade, son pouvoir économique, squatter une propriété, publique ou privée », a averti le ministre, précisant que l'administration Jovenel Moïse n'a pas d'amis qui promeuvent le désordre et l’anarchie. « Si le phénomène se développe et perdure, c'est parce que les spoliateurs bénéficient de la complicité de délégués, de vice-délégués, de CG, de quelques maires, de juges, de notaires et d'arpenteurs malhonnêtes, de policiers. En un mot, de ceux qui sont placés pour le combattre », a-t-il déclaré à haute et intelligible voix. Ces déclarations ont provoqué des salves d'applaudissements de la part de l'assistance. Plus loin, il s'en est pris aux acteurs du système judiciaire qui acceptent de recevoir en cadeau des terres déchouquées par des bandits. « Lorsque les déchouqueurs incendient de vastes hectares de terres, anéantissent les plantations des cultivateurs pour les lotir et vous, vous acceptez de les recevoir en cadeau, vous vous faites complices d'eux et par votre acte vous leur donnez bénédiction, vous leur donnez carte blanche pour perpétrer leurs actions malhonnêtes», a tempêté Me Rockefeller Vincent, qui a menacé de sanctionner tous les contrevenants. Tout en appelant les vrais propriétaires détenant des titres de propriété, des actes d'arpentage et notariés dont les terrains ont été déchouqués à porter plainte à la justice (plainte écrite), à suivre la procédure, il les invite à identifier et à dénoncer les spoliateurs. Le ministre a annoncé l'arrivée prochaine dans le Nord d'agents de l'unité spécialisée de la police nationale, la Brigade d'intervention contre l'insécurité foncière (BRICIF) pour se colleter aux déchouqueurs. Entre-temps, il a dit avoir donné l'ordre formel aux commissaires du gouvernement d'arrêter quiconque rencontré sur un terrain déchouqué : parlementaires, ministres, directeurs généraux, membres de la famille du chef de l'État. Notons, au cours de ces échanges avec des autorités et des membres de la population sur l'insécurité foncière, que des paysans victimes de la commune de Limonade qui ont pu exposer leurs problèmes au ministre ont pu obtenir un rendez-vous avec le commissaire du gouvernement du Cap-Haïtien, Me Richemont Florival, le mardi 27 octobre 2020 pour qu'il étudie leurs cas.