Le Nouvelliste
Fin des frais pour les Internes des universités privées : le MSPP explique mais la confusion persiste
Jan. 15, 2020, midnight
L'internat correspond à la 6e ou 7e année de médecine, dépendamment de la faculté dont l'étudiant finissant exerce dans un hôpital durant une année. En Haïti, cela se fait généralement dans un hôpital universitaire selon les règlements de cet hôpital qui, parfois, héberge, organise le roulement et fixe les conditions de travail. Dans son intervention à radio Magik 9, le Dr Evans Vladimir Larsen a rappelé que " l'interne est un étudiant en stage qui dépend de sa faculté d'origine." « Ce ne sont pas des médecins, ce sont des étudiants », a répété le directeur de la formation professionnelle comme pour dédouaner le ministère de toutes ses responsabilités par rapport à ces étudiants finissants. Cependant, n'importe quel observateur qui visite ces hôpitaux, parmi les plus importants du pays, peut constater que ces internes sont plus que des stagiaires, et cela est connu de tous. À l'Hôpital de l'Université d'État d'Haïti, par exemple, le service des urgences est pratiquement à la charge des internes. Il n' y pas de résidents attachés à ce service et les médecins de service ne viennent qu'exceptionnellement et ils ne font pas de "garde". Ce service est à la charge des internes qui reçoivent, soignent et décident quand il faut référer. Ce constat est le même dans tous les autres hôpitaux. Cette année, qui devrait effectivement être une année de formation, est devenue une année pendant laquelle les internes à Port-au-Prince et en province comblent le vide laissé par des médecins de service trop souvent absents. Il est à se demander comment des étudiants qui dépendent d'une faculté peuvent prendre en charge seuls et en première ligne les patients qui fréquentent ces centres hospitaliers. Interrogé sur la raison de cette allocation donnée aux internes privés, le Dr Evans Vladimir Larsen affirme ignorer les motifs. Il souhaite par cette décision réguler un problème récurrent qui dépend des facultés mais auquel le ministère de la Santé publique et de la Population fait face chaque année, celui "de ne pas pouvoir contrôler les finissants des universités privées". « Quand il faut faire une requête au ministère des Finances, la liste des universités privées n'est pas acheminée à temps. Cela occasionne des retards, or le ministère doit faire des prévisions pour signer des contrats avec eux », avance le Dr Larsen en guise de justificatif à la fin de cette allocation. Parallèlement aux interventions du Dr Evans Vladimir Larsen, les règlements généraux du service social, notamment dans le cas des universités privées, stipulent que "les médecins des facultés haïtiennes reconnues font leur internat aux frais du ministère de la Santé publique et de la Population, ce qui constitue une première porte d'entrée et une justification pour le service social". Interrogé sur ce document, le Dr Evans Vladimir Larsen souligne que ce texte concerne d'abord "les boursiers de l'État et comme l'État, n'a pas encore institué les examens d'État pour ces finissants, ils font le service social pour obtenir la licence. Mais cela ne rentre pas dans l'esprit du service social ni dans le cadre légal", relate le Dr Larsen. Au nom de la régulation, la partie qui stipule que les internes des universités privées font leur internat aux frais du ministère de la Santé publique et de la Population ne sera pas respectée. Malgré tout, ces internes vont continuer de donner à l'État une année de service social alors que l'État ne les accompagne plus durant leur année d'internat, ce qui était considéré comme un justificatif pour le service social. En ce qui concerne la décision de ne plus accepter les internes de l'université Notre-Dame d'Haïti et ceux de l'université Quisqueya à l'hôpital universitaire Justinien, le Dr Evans Vladimir Larsen souligne que "la cohabitation de deux universités au sein d'un même hôpital universitaire était une anomalie parce qu'un hôpital universitaire ne peut pas être coiffé par plusieurs facultés". Dans la foulée, les étudiants se sont regroupés à travers une fédération pour exiger l'État de retourner sur cette décision. La fédération, qui regroupe les internes des universités, condamne le fait que les internes sont considérés comme "des stagiaires alors qu'ils assurent des tâches que des médecins du MSPP abandonnent dans les différents hôpitaux". En théorie, nous sommes des étudiants, mais dans la pratique, nous soignons des patients comme des médecins parce que le ministère de la Santé publique et de la Population ne peut pas forcer les siens à venir travailler". "Pourquoi ne pas fixer une date pour l'obtention définitive de la liste de chaque faculté pourquoi vouloir à tout prix couper cette allocation ?", se demandent les internes. À travers cette polémique qui oppose le MSPP et les internes des universités privées, il est à constater que le MSPP avoue son incapacité à contrôler les médecins qui sortent des universités privées, et deux universités qui cohabitaient dans un hôpital universitaire ont été délogées sans savoir dans quelle autre institution elles vont désormais former leurs médecins. Après tout, il est à se demander si le MSPP va continuer de donner la licence de médecin et renouveler la reconnaissance de ces facultés malgré ces anomalies. En attendant, le grand perdant est la population qui, à la recherche des soins de santé, ne se pose pas de questions.