Le Nouvelliste
En Haïti, l'école devient la cible des bandits (gangs)
Jan. 31, 2020, midnight
Aujourd’hui, on aimerait fermer les portes des écoles pour pouvoir recruter des jeunes adolescents ainsi que les enfants dans les groupes armés. La distribution des armes se fait partout dans le pays, à la vue de tout le monde ; des gangs armés font des parades, terrorisent les citoyens et font des enlèvements. Personne n’est à l’abri. Les parents ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école. Même pour écouter certaines stations de radio, c’est avec difficulté, parce que qu’on est presque sous surveillance. En tant qu’enseignante de 23 ans de carrière dans le domaine éducatif, directrice, fondatrice et pédagogue de deux établissements scolaires dans l’aire métropolitaine pour former des jeunes esprits, j’ai vécu des moments difficiles dans l’exercice de ma profession durant les troubles politiques de 2004. Mais je n’ai jamais été aussi terrifiée que sous la gouvernance de PHTK no 2, de voir mes élèves et mes professeurs se jeter sous des bancs, des bureaux et des tables, juste pour se protéger des balles des bandits. J’ai été même obligée de fermer les portes de mes écoles à maintes reprises. Des groupes armés ont exigé de fortes sommes d’argent à certaines écoles pour s'acheter des munitions, pour les laisser de continuer à fonctionner, parmi lesquelles mes établissements. Sur des morceaux de papier d'auteurs anonymes jetés dans la cour de l’une de mes écoles à Onaville en date du 13 octobre 2019, on me traite d’ennemie du président Jovenel Moïse pour avoir écouté Radio Zénith avec d’autres personnalités de chez moi pendant la période de ''peyi lòk''. En date du mercredi 17 octobre 2019, sous mes yeux, des individus armés sont venus détruire les murs à l'arrière de mon école se trouvant à Onaville ; ils ont enlevé les fers forgés et mis l’école en difficulté de fonctionner. Ces bandits n’ont peur de rien, ils se disent amis du président et ils sont plus puissants que la justice. Sur ce, le juge de paix de la Croix-des-Bouquets s'était rendu sur les lieux pour les constats légaux et j’ai aussi porté plainte au parquet de la Croix-des-Bouquets et à la RDPJ de la Police. Et, jusqu’à présent, les autorités judiciaires se montrent insouciantes de ma situation. Des individus à bord des véhicules sans plaque d'immatriculation me cherchent partout : chez moi et dans mes deux institutions. Ce qui m’oblige à laisser ma maison et fuir mes établissements scolaires pour essayer de me mettre à couvert. Face à ces multiples menaces de mort, je suis très inquiète pour la vie des membres de ma famille ainsi que pour tout le personnel de mes institutions. C’est ce qui me pousse à publier cet article en vue d’alerter l’opinion publique nationale et internationale de cette situation très alarmante que je suis en train de traverser.