Le Nouvelliste
Lancement de l’initiative Spotlight en Haïti
Oct. 30, 2020, midnight
Jeudi après-midi, de nombreux acteurs politiques et du corps diplomatique, et pas des moindres, se sont joint à la cérémonie de lancement officiel de l’Initiative Spotlight. Le Premier ministre, la ministre à la Condition féminine et aux droits des femmes, le ministre de l’Éducation nationale, le ministre de l’Intérieur, la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies en Haiti, la représentante de l’ONU Femmes et d’autres organes des Nations unies, l’ambassadeur de l’Union européenne en Haïti, entre autres, ont brillé par leur présence. Cette initiative est le fruit d’un partenariat mondial pluriannuel entre l’Union européenne et les Nations unies, à travers ces agences : PNUD, UNICEF, FNUAP et ONU Femmes. L’Initiative Spotlight tend à éliminer toutes les formes de violences à l’égard des femmes et des filles d’ici 2030. En Haïti, les acteurs concernés vise à aborder, de 2020 à 2023, la violence familiale, l’une des formes de violences les plus répandues et basées sur le genre. Pour arriver à ses fins, ce projet met l’accent sur six piliers. Amélioration du cadre législatif, des capacités des institutions pour planifier et mettre en œuvre des plans de lutte ainsi que l’amélioration de la qualité et de la disponibilité des données relatives à ce sujet. Parallèlement, l’on entend promouvoir des normes sociales positives pour prévenir ces formes de violences tout en renforçant les services de prise en charge des victimes et en soutenant la société civile et un mouvement des femmes fort et autonome. Aussi, à travers cette initiative, les initiateurs comptent toucher plus d’un million de femmes et d’hommes haïtiens à travers les départements de l’Ouest, du Sud, de la Grand-Anse et du Nord-Est. Le Premier Ministre Joseph Jouthe qui a officiellement lancé l’initiative estime que ce programme trouve sa justification tant dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et dans la convention Belem Do Para qu’Haïti a ratifiées. Selon lui, la stratégie de développement du gouvernement part du principe que l’élimination des contraintes relatives à l’épanouissement des femmes a des retombées positives sur les programmes économiques et contribue ipso facto à la croissance économique. L'élimination des violences faites aux femmes et aux filles et la réalisation de l'égalité des sexes ainsi que l'autonomisation des femmes sont donc une condition préalable à la réalisation de l'Agenda 2030 des Objectifs de développement durable. « Le lancement du Spotlight rappelle, d’une part, les engagements pris par l’Etat pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles dans le plan dédié à ce sujet et, d’autre part, la volonté du gouvernement de passer de la parole aux actes », indique le chef du gouvernement, également ministre de la Planification et de la Coopération externe. Réalisant la synergie que ce programme tend à développer entre les acteurs internationaux, l’État et la société civile, M. Jouthe appelle à prendre à la mobilisation à l’échelle nationale. En outre, il n’a de cesse de féliciter les initiateurs de ce projet. Marie Giselhaine Mompremier, ministre à la Condition féminine et aux droits des femmes, se réjouit de ce qu’Haïti est l’un des six pays bénéficiaires de cette initiative dans la Caraïbes. La ministre rappelle que les données de l’EMUS VI font état de 12% de la population féminine, dont environ 4% des filles âgées entre 15 et 17 ans ont déjà subi des violences sexuelles en Haïti. 60% des survivantes ont moins de 18 ans. Pourtant, fait-elle savoir, seulement 10% des cas sont reportées aux autorités compétentes. « Ces violences compromettent l’épanouissement des femmes et entravent la réalisation des ODD en Haiti », indique Mme Mompremier, estimant que ce projet arrive donc à point nommé. Dans le cadre de ce programme, les femmes ayant subi des actes de violences bénéficieront d’une prise en charge holistique. La ministre à la Condition féminine garantit que le ministère jouera pleinement son rôle de co-gestionnaire du comité technique de l’Initiative Spotlight avec l’ONU Femmes. En outre, elle dit croire que le Plan national de lutte contre les violences à l’égard des femmes (2017-2027) va finalement être implémenté. Elle en a profité pour annoncer que trois projets de décrets portant sur les violences faites aux femmes et aux filles, sur le concubinage et la loi organique du ministère dont elle détient le portefeuille ont été déposés au bureau du Premier ministre. Selon Dede Ekoue, représentante de l’ONU Femmes, l’Initiative Spotlight est un partenariat mondial pluriannuel développé entre l’Union européenne et les Nations unies. À l’échelle mondial, elle est financée à hauteur de 591 millions de dollars, avec pour objectif d’éliminer toutes les formes de violences contre les femmes et les filles d’ici 2030. En Haiti, l’enveloppe allouée est de 16 million de dollars. Pour la première phase, un total de près de 10 millions est déjà approuvé. Cette initiative sera mise en œuvre entre 2020 et 2023 et 51 communes de quatre départements du pays doivent être touchées. Ce programme cible les femmes des zones rurales et des zones urbaines précaires, les femmes vivant avec un handicap, celles atteintes du SIDA, les travailleuses de sexe, les domestiques, les femmes de ménages, les femmes âgées, entre autres. Pour sa part, Mme Sylvie Tabesse, a ajouté que l’Union européenne croit en l’égalité des sexes et que les choses peuvent changer. En Afrique, dit-elle, Spotlight cherche à éliminer la violence à caractère sexuel et sexiste. En Asie, elle vise à mettre fin à la traite des femmes et à leur exploitation dans le travail. Au niveau de l’Amérique Latine, c’est l’éradication du féminicide. « Ces formes de violences sont encore très présentes en Haiti et dans la région Caraïbes », constate la cheffe de la délégation de l’Union européenne en Haïti. Mais ce programme priorise la violence à l’égard des femmes et des filles au niveau intrafamiliales en Haïti. « 35% des femmes dans le monde ont subi de violences à un moment donné. Une femme meure tous les trois jours en France. 34% des femmes sont victimes de violences domestiques. 29% des femmes haïtiennes ont subi des violences physiques dès l’âge de 15 ans. 12% des femmes subissent des violences sexuelles » Aucun continent n’échappe donc à ce phénomène. À cet effet, il faut agir. « Notre engagement peut faire la différence », soutient la diplomate. Accorder les mêmes droits aux hommes tant qu’aux femmes est pour elle une question de justice sociale, de développement, de paix et de sécurité. Le coordonnateur Résident des Nations unies en Haïti, Bruno Lemarquis, enchaine que l’Initiative Spotlight veut toucher à la racine de ce problème social pour en apporter des réponses concrètes. Si les statistiques révèlent qu’une femme sur trois est victime de violences en Haïti, M. Lemarquis défend qu’il est temps que les femmes et les filles cessent d’être en proie aux violences là où elles devraient être heureuses. Il dit espérer que ce consortium arrive à réduire les violences familiales et permettre l’équité de genre. « Nou pap fè silans. N ap kwape vyolans », conclut-il.