this used to be photo

Le Nouvelliste

Brusque appréciation de la gourde, le secteur textile égrène un chapelet de problèmes

Oct. 22, 2020, midnight

Aux Parcs industriels de Caracol (PIC) et de Codevi, dans le grand Nord, les investisseurs de la sous-traitance textile s’arrachent les cheveux en égrenant le chapelet des problèmes liés à l’appréciation plus de 50 % de la gourde par rapport au dollar en moins de deux moins. Le secteur, moins compétitif, avec des coûts de production à la hausse, appréhende le spectre de licenciements massifs et d’arrêts de leurs plans d’expansion. Vingt-six mille ouvriers travaillent à Codevi et au parc industriel de Caracol. « Nos patrons sont nerveux à cause des incertitudes en Haïti où il n’y a pas de prévisibilité. Cette appréciation rapide de 50 % de la gourde par rapport au dollar est sans précédent dans le monde », a confié au journal Giri Chandrasena, manager général de MAS AKANSYEL, une entreprise qui produit, entre autres, des équipements sportifs pour de grandes marques dans le monde. Le manager de cette entreprise, qui emploie 1 300 ouvriers depuis son implantation en Haïti en octobre 2017, croit dans une « solution viable », plus de deux semaines après une réunion du secteur avec le président Jovenel Moïse. « Nous attendons une réponse gagnant-gagnant pour cette industrie et pour Haïti », a indiqué Giri Chandrasena, soulignant « avoir beaucoup d’espoir » après la réunion avec le président Moïse « qui a malheureusement perdu son père entre-temps ». Pour Giri Chandrasena, un Sri-lankais, cette solution gagnant-gagnant est un taux change de « près de 100 gourdes pour 1 dollar ». Le manager de MAS AKANSYEL a aussi souligné qu’il va falloir travailler pour « recréer » la confiance des investisseurs vis-à-vis d’Haïti. Sans détour, Zadok Min, président de S and H Global, a indiqué que « pour avoir du succès, le taux de change doit être à 115 gourdes pour 1 dollar ». « Pour survivre et tenir, le taux doit être à 110 », a poursuivi le responsable de cette entreprise coréenne qui a créé 11 500 emplois au parc industriel de Caracol. Il a souligné qu’avec un écart de 50 % du taux de change en moins de deux mois, il est difficile de planifier. Que le taux de change soit à 60 gourdes ou à 100 gourdes, il est important d’avoir de la stabilité pour prévoir et planifier, a soutenu Zadok Min. « Nous avons des plans d’expansion. Cela dépend de ce qui se passe en Haïti », a-t-il dit au moment d’évoquer un investissement de 150 millions de dollars en République dominicaine. Préoccupé lui aussi des conséquences de cette appréciation brusque de 50 %, Annibal Capellan de Codevi, 14 000 emplois et des installations sur 1,4 million de mètres carrés, a indiqué que pour croître, il faut de la stabilité. Les investisseurs sont effrayés, a-t-il concédé. Il a souligné que cette crise plombe un momentum qui devrait permettre à Haïti d’attirer les entreprises taïwanaises du secteur textile qui quittent la Chine. Le temps est très court, a soutenu Annibal Capellan, qui fait écho aux préoccupations liées au spectre de mise à pied dans le secteur si une solution n’est pas trouvée. La main-d’œuvre à bon marché est l’un des facteurs de la compétitivité. Mais 17 ans après l’installation de Codevi, une zone franche industrielle privée, un cercle vertueux a été créé, des revenus ont été accumulés par des travailleurs. Entre la bicyclette au début, la motocyclette et la voiture aujourd’hui pour certains employés, du chemin a été parcouru à Ouanaminthe. La multiplicité des entreprises à Ouanaminthe, le boom démographique sont des indicateurs intéressants, a avancé Annibal Capellan, qui croit que l’on doit toujours faire mieux, employés et employeurs. Au fond, tout le monde doit gagner de l’argent dans ce business, a expliqué le jeune homme d’affaires.  Le directeur du parc industriel de Caracol, Rodolphe Daniel, se veut rassurant. « La délocalisation de ces gens est très difficile. Même si cela ne marche pas, ils resteront », a-t-il indiqué au moment d’évoquer des avantages des entreprises du PIC dont ne disposent pas ceux du parc industriel métropolitain de Port-au-Prince. Pour Rodolphe Daniel, l’appréciation de la gourde par rapport au dollar impacte les revenus de son l’administration du parc. C’est le vrai problème, a-t-il dit. L’administration du parc est payée en dollars et paie ses employés en dollars, a-t-il dit. Off the record, une source proche de l’Unité technique d’exécution du ministère de l’Économie et des Finances, en charge de la gestion du parc, a cependant indiqué que la forte appréciation de la gourde par rapport au dollar est devenue le premier problème et la première revendication des investisseurs de la sous-traitance textile. « Il n’y a pas d’annulation de location pour le moment. Je croise les doigts », a-t-il lâché, soulignant que tout le monde est dans « l’expectative ». Interrogé sur les préoccupations des États-Unis d’Amérique et les mesures envisagées pour le secteur de la sous-traitance textile, le ministre de l’Économie et des Finances, Michel Patrick Boisvert, avait seulement confié au journal , il y a sept jours, « qu’une équipe est constituée et travaille sur les données déjà recueillies ». « Une proposition, après validation, sera soumise sous peu », avait révélé le ministre Boisvert. Le coordonnateur général du CNOHA, Dominique St-Eloi, croit de son côté que la menace de licenciements massifs est un argument des patrons du secteur textile. Quand le dollar s’appréciait ils n’avaient pas donné d’augmentation aux ouvriers alors qu’ils engrangeaient des profits sur le taux de change. Ils veulent que les employés vivent dans la crasse. Pourquoi ne pas payer les ouvriers en dollars au taux du jour ?. Il faut payer en dollars le travail parce qu’ils négocient les commandes en dollars, a-t-il expliqué, soulignant que le prix des écoles et des loyers n’ont pas baissé. Il faut une discussion tripartite pour négocier une augmentation de salaire, a appelé Dominique St-Eloi, interrogé par le journal Le Nouvelliste.