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Le Nouvelliste

Il est temps de rectifier le tir

March 18, 2021, midnight

Le 12 mars, la PNH a perdu des hommes et des équipements à Village-de-Dieu. Le choc, terrible, amplifié par les réseaux sociaux, a bouleversé la population, pris de court le CSPN ainsi que l’état-major de la PNH. Les chefs, loin d’être proactifs, n’ont pas pris l’ampleur de cette crise dont la mauvaise gestion était potentiellement préjudiciable à l’image de la PNH. Le président Jovenel Moïse, le directeur général a.i de la PNH Léon Charles, le Premier ministre Joseph Jouthe se sont exprimés mais ont platement perdu la bataille de la communication. En direct presque au moment des faits, vendredi 12, Jovenel Moïse, dont le pouvoir est accusé d’être de mèche avec les principaux gangs constituant le G-9, a proféré ses vieilles menaces de sévir. Il a ramené un problème de sécurité publique, nécessitant  une réponse institutionnelle ordonnée, planifiée, à sa  personne. « Le pays a un président qui n’a jamais peur et qui n’est pas lâche », a-t-il dit. Pendant tout le reste de l’après-midi de vendredi, « Izo 5 segonn », d’instinct, a conduit une redoutable stratégie de communication en mettant en avant ses faits d’armes. Il a gardé ses positions, combattu l’adversaire avec succès et récupéré des armes, des munitions et un blindé. La souillure des cadavres de policiers, en uniforme, avec les écussons frappés aux couleurs nationales a cependant été la plus grande faute de communication de ce chef de gang et de ses hommes. Des ratés de Léon Charles Le 13 mars, le directeur a.i Léon Charles a raté l’occasion de nommer les policiers morts en devoir, de présenter au pays ses fils, leurs parcours, leurs aspirations, leurs motivations à se mettre au service des autres. Faute suprême, Léon Charles n’a pas annoncé lors de ce point, cette communication unidirectionnelle et verrouillée, que l’impossible sera fait pour retrouver les cadavres de ces héros. Le DG a.i Léon Charles a raté le rendez-vous avec l’exaltation de ce sacrifice, l’ultime dommage. Les éléments de langage capables de réconforter les familles, de permettre aux policiers d’encaisser ce coup, au nom de la sécurité des plus faibles, de chaque homme, de chaque femme, de chaque enfant kidnappé, battu et contraint de verser des rançons en échange de leur libération ont brillé par leur absence. Jouthe, champion des métaphores foireuses Le même jour, samedi 13, le Premier ministre Joseph Jouthe, « premier policier » autoproclamé, a indiqué avoir retrouvé le moral après s’être entretenu avec un policier blessé, un agent de l’ordre à peine revenu d’un évènement traumatisant. Connu pour ses éléments de langage désastreux, Joseph Jouthe a encore frappé, comparant les évènements de Village-de-Dieu a un match de football. La PNH a pris des buts, elle en a donné, le match n’est pas perdu, a-t-il dit. La métaphore est choquante. Les images  des parents de ces policiers en larmes, dénonçant l’indifférence des chefs à leur égard et la connivence entre les bandits et des autorités, filmées par Zoom Haïti, ont été dévastatrices. Là encore, l’absence d’une cellule de crise pour assurer la prise en charge psychologique des familles, le contrôle des messages à véhiculer s’est fait cruellement ressentir. Mais le coup de massue est intervenu lundi soir. Sur sa page Facebook, sans offrir d’explications ni d' éléments de contexte, le retour d’un blindé a été mis en scène. La PNH n’a fourni aucune explication sur le retour de cet équipement. Des internautes indignés, en colère se sont défoulés, d’autant que la PNH peinait encore à comprendre le symbolisme du retour des cadavres ou de ce qui reste des héros tombés à Village-de-Dieu. Ce tas de ferrailles ne valait pas cette honteuse abdication de l’État ; cela est l’expression ultime des liens étroits entre les chefs et les gangs ; c’est l’acte 2 d’une comédie qui s’est muée en tragédie pour les policiers et leurs familles, ont pesté des internautes mardi pendant toute la nuit alors que la nouvelle de l’isolement de l’inspecteur général Carl Henry Boucher, le seul dans le collimateur du DG a.i, se répandait. Les pleurs de Carl Henry Boucher ou l’évidence d’un fraternel cannibalisme Mercredi, à l’aube, alors qu’on ruminait encore tant de récriminations à l’endroit de la PNH de Léon Charles, ce sont les pleurs de l’inspecteur général Carl Henry Boucher qui réveillent le tout Port-au-Prince. Responsable des renseignements généraux de la PNH, M. Boucher, placé en isolement la veille par la police des polices, a expliqué avec un luxe de détails à la matinale de radio Caraïbes (94.5 fm) son rôle dans l’opération à Village-de-Dieu. Son travail, a-t-il soutenu, s’est cantonné aux renseignements glanés via un drone. Il n’a ni conçu, ni supervisé l’opération. Il n’est pas allé sur le terrain. Ce n’était pas à lui qu’incombait la responsabilité des renforts jamais reçus par les policiers au moment de se faire canarder par les bandits, a retracé Carl Henry Boucher, persuadé d’être un fusible, un bouc-émissaire. Il a égrené les charges de ses pairs dans cette opération menée dans le lieu de séquestration des victimes du kidnapping perpétré par « Izo 5 segonn » et ses hommes, présentés comme des alliés du pouvoir. Carl Henry Boucher, à plusieurs reprises, a supplié ses chefs de dire en quoi il est responsable dans cet échec. Carl Henry Boucher, l’un des jeunes commissaires de police star sur lequel l’Etat a parié et investi, a fait ses adieux à la PNH, préfigurant sa mort, après avoir été traité la veille « d’assassin » par des aspirants policiers en formation à l’école de police où il aurait dû passer la nuit, loin de la détention de l’IGPNH. « Je suis le sixième policier mort lors de cette opération », a dit Carl Henry Boucher.Les mots sont durs, le coup terrible. Léon Charles, la facture est pour l’autre… Pour  beaucoup, le DG.ai n’a pas assumé sa responsabilité morale de chef, s’est cherché un bouc-émissaire. Le chef qui n’assume pas ses responsabilité, se cherche des coupables dans tout part en vrille, court le risque de nuire à la cohésion au sein de l’institution quand il faut se serrer les coudes, définir les priorités, comme ramener le corps de Village-de-Dieu et sanctionner, blâmer, transférer, rétrograder les responsables des  défaillances après. L’obstination à couper une tête, des têtes, dans l’espoir qu’elles servent de fusibles pour protéger le DG a.i et les autorités politiques a desservi. Le désaveu d’un commandant distille le doute. Or, le doute dans les capacités du chef à prendre de bonnes décisions n’est pas permis. Léon Charles affaibli, Fantom 509 rebondi, en toute anarchie Mercredi soir, Léon Charles a enfoncé le clou en affirmant que c'est pour des intérêts personnels que l’on a provoqué l’échec de l’opération Village-de-Dieu. Cette opération était si bien préparée et les résultats ont été si mauvais, a-t-il dit. En attestant des motivations de celui ou de ceux qui ont fait échouer l’opération, M. Charles a semblé boucler l’enquête de l’IGPNH. Il a aussi demandé lors de cette même prise de parole de laisser la police des polices faire son travail. Entre-temps, face à un Léon Charles affaibli, des policiers en colère, des membres de Fantom 509 ont posé des actes répréhensibles, condamnables et destructeurs pour l’image de la PNH, pour le règne de la loi. Ils ont forcé mercredi et ce jeudi des cellules pour libérer des policiers incarcérés. C’est la débandade, l’anarchie.   Dans les deux cas, les arrestations et les incarcérations de ces policiers ont fait grand bruit. Le premier groupe de policiers, arrêté à Petit-Goâve, avait à sa disposition, dans son véhicule, des armes de guerre aux canons trafiqués, selon les autorités. Des éléments de ce groupe seraient liés à l’ex-sénateur Nènel Cassy, farouche opposant de Jovenel Moïse. Le second groupe a des policiers attachés à la sécurité du juge Yvickel Dabrésil, arrêté à Petit-Bois, à Tabarre pour implication présumée dans un coup d’État le 7 février dernier. Le juge a été libéré. Ces policiers, affectés à sa sécurité, détenteurs d’armes régulièrement dotés par la police à la sécurité du juge de la Cour de cassation sont gardés en prison. Les concernés ont crié au scandale et dénoncé des abus. Sans détour, plus d’un affirme que la police mange ses enfants sans aucun égard, que le cannibalisme entre gradés qui se bouffent dans la course au poste de directeur général de la PNH existe bel et bien. Léon Charles, l’urgence de rectifier le tir Pour Léon Charles qui a bouclé son quatrième mois, un bilan d’étapes s’impose pour évaluer les ratés, corriger ses défaillances, particulièrement en matière de communication. Installé le 16 novembre 2020, en remplacement de Rameau Normil, Léon Charles a piteusement géré la suite après l’évasion de plus de 400 prisonniers à la prison civile de la Croix-des-Bouquets. Presque un mois après, la liste des détenus évadés, les avis de recherche ne sont pas communiqués au public. Les communautés, les policiers ayant procédé aux arrestations, les juges de paix, les substituts de commissaires du gouvernement, des juges d’instruction devraient avoir ces informations dans le cadre au moins d’une analyse de vulnérabilité personnelle. Pour Léon Charles, il est temps de rectifier le tir. Pour lui, la PNH et pour le bien de tous…