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Le Nouvelliste

Des travailleurs de la santé et des milliers de manifestants disent non à l’insécurité

March 8, 2021, midnight

À l’initiative des travailleurs de la santé, des milliers de manifestants ont arpenté les rues de Port-au-Prince et de Delmas pour dire non à l’insécurité. Cette manifestation, lancée par plusieurs regroupements de professionnels du secteur médical, survient une semaine après les meurtres du pédiatre Ernst Paddy et de l’infirmière Édeline Mentor. Le Dr Pady a été abattu lors d'une tentative de kidnapping devant sa clinique alors que l’infirmière Mentor a été tuée sur la route de frères alors qu’elle revenait de la banque. Les portraits des deux victimes ont été imprimés sur des pancartes et des t-shirts.  En plus des professionnels de la santé ou des étudiants en médecine, en sciences infirmières, entre autres, des personnalités politiques et de la société civile ont été remarquées à la marche. De leur côté, ils ont exigé le départ du président Jovenel Moïse, arguant que son mandat était arrivé à terme.  La marche a démarré devant les locaux de l’Hôpital de l’Université d'État d'Haïti (HUEH). Les participants ont fait un premier arrêt devant la clinique du Dr Ernst Pady à l’avenue Christophe. Ensuite ils ont arpenté Lalue, Nazon, pour se rendre au carrefour de l’aéroport, rebaptisé Carrefour de la résistance » par l’opposition. Ils ont ensuite longé la route principale de Delmas et bifurqué au niveau de Delmas 60 pour atteindre Bourdon. Le dernier message a été délivré à Canapé-Vert. Le Dr Odilet Lespérance, l'un des initiateurs de ce mouvement de protestation dans le secteur médical, a estimé que la marche a été une réussite. « Nous avons voulu lancer un message pour dire non au kidnapping. Nous en profitons pour rappeler aux autorités que cela fait plus d'un an depuis que le phénomène de kidnapping hante la vie des Haïtiens. Tout ce que nous avons constaté depuis est un manque de volonté des autorités compétentes afin de circonscrire, voire éradiquer ce phénomène », a-t-il dénoncé. Soulignant les impacts que ce climat d'insécurité peut avoir sur la santé de la population, le Dr Odilet Lespérance, obstétricien-gynécologue, promet que le secteur de la santé, de concert avec toutes les forces vives de la société, ne va pas rester muet face à ce climat d'insécurité.  « Nous sommes là pour dire non à l'insécurité. À la place des plaques Honneur et mérite, aujourd'hui c'est la mort qu'on offre aux professionnels de santé. Nous n'allons pas abandonner nos revendications parce que nos enfants méritent un espace où il fait bon vivre », lance pour sa part le Dr Jean Blaise Bontan, qui lançait des messages  le haut du « truck sound ». Le président du Comité national des résidents, le Dr Wislet André, pense pour sa part que les médecins ne sont pas dans les rues pour dénoncer uniquement les crimes commis sur les professionnels de santé.  «Les professionnels de santé sont les premiers défenseurs de la vie : nous sommes dans les rues pour dire oui à la vie. Aujourd'hui, le droit de vivre est constamment menacé, les autorités ne disent rien, la société civile doit assumer sa responsabilité ». «Hier, c'était un avocat, aujourd'hui c'est un médecin, un grand humaniste, et une infirmière. Quelle sera la prochaine victime sur la liste? », s’est demandé le Dr Gérald Gilles, qui prenait part lui aussi à cette marche pacifique contre l'insécurité. Plus loin, le Dr Gilles a dénoncé « un banditisme d'État qui pousse les éléments de la classe moyenne à la soumission» « Nous sommes déterminés, la population est motivée, nous n'allons pas accepter un retour à la dictature en dépit du plan macabre concocté par le pouvoir de facto », a-t-il assuré.  La manifestation de ce dimanche a été pacifique. Toutefois quelques barricades de pneus enflammés ont été érigées. Quelques pare-brise de véhicules ont été cassés. Des agents des forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour empêcher certains manifestants de se rendre à Pétion-Ville alors qu’ils se trouvaient au carrefour Musseau. Cette intervention n’a pas empêché la foule de se reconstituer et d’atteindre la destination finale à Canapé-Vert.