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Le Nouvelliste

Renald Lubérice : « C’est aux policiers de choisir entre un communiqué et la loi ce qu'il faut appliquer »

March 8, 2021, midnight

Le secrétaire général du Conseil des ministres dézingue la décision de Joseph Jouthe d’exiger que toutes les vitres des véhicules soient déteintées sur le territoire national, à l’exception des vitres des véhicules officiels ayant la nouvelle plaque d’immatriculation et ceux du corps diplomatique. Pour Rénald Lubérice, cette décision n’est pas de nature, d’un point de vue juridique, politique et de l’efficacité, à résoudre l’insécurité qui sévit dans le pays. Sur les réseaux sociaux, ses déclarations le week-end écoulé ont déjà fait l'effet  d’une bombe. Le secrétaire général du Conseil des ministres, Rénald Lubérice, a rejeté catégoriquement la décision du Premier ministre d’exiger qu’aucun véhicule, hormis les véhicules officiels ayant la nouvelle plaque d’immatriculation et ceux du corps diplomatique, ne circule avec des vitres teintées dans le pays. À entendre M. Lubérice, qui intervenait à Panel Magik ce lundi 8 mars, cette décision du PM s'apparente à un véritable non-sens. « Les citoyens paient pour teinter leurs vitres parce qu’ils éprouvent un sentiment d’insécurité », lâche Rénald Lubérice, qui soutient qu’en déteintant leurs vitres les citoyens sont devenus plus exposés. Il avance que l’insécurité ne peut pas être résolue par une question de déteinter les vitres. M. Lubérice dit croire, au contraire que la police doit pouvoir prendre le contrôle de certains quartiers réputés de « non-droit » où les victimes d’enlèvement sont souvent séquestrées par leurs ravisseurs. Pour le secrétaire général du Conseil des ministres, qui dit avoir pris connaissance de l'arrêté du PM sur les réseaux sociaux comme tout le monde, cette décision n’est pas de nature, d’un point de vue juridique, politique et de l’efficacité, à résoudre l’insécurité qui sévit dans le pays. Il conseille au Premier ministre de se concerter dans ses prises de décision et de s’assurer qu’elles soient efficaces. « C’est la responsabilité du Premier ministre, en tant que président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPN), de résoudre le problème de l'insécurité », martèle-t-il, évoquant l’inefficacité des décisions du PM à résoudre l’insécurité dans le pays. Rénald Lubérice ajoute qu’un communiqué ne peut modifier ou suspendre un privilège accordé aux citoyens par un décret. Qualifiant la décision de Joseph Jouthe d’un show sans vouloir l’assumer, M. Lubérice met les policiers face à leurs responsabilités. « C’est aux policiers de choisir entre un communiqué et la loi ce qu'il faut appliquer », soutient-il. « La juge Wendelle Coq Thélot est en campagne pour être présidente » « Tout ce que la Constitution n’interdit pas explicitement peut être permis », lance Renald Lubérice, interrogé sur les violations de la Constitution commises par Jovenel Moïse en donnant à un Conseil électoral provisoire (CEP), monté en dehors des exigences de la loi, la mission d’organiser un référendum constitutionnel qui est interdit par la Constitution. Concernant les déclarations de Julie Chung, secrétaire d’État adjointe américaine aux Affaires de l’hémisphère occidental, qui disait être « alarmée par les récentes actions autoritaires et non démocratiques, les nominations et retraits unilatéraux de 3 juges à la Cour de cassation et par les attaques contre les journalistes », Rénald Lubérice n’y va pas avec le dos de la cuillère. « Deux choses : premièrement, dans ces cas, quand on a un partenaire qui vous respecte, il essaie de les traiter à travers les instances multinationales », évoquant en second lieu que les diplomates agissent toujours suivant l’orientation de l’opinion publique. « J'imagine un juge dans ces pays qui se serait impliqué directement dans les affaires politiques, je vous garanti que le traitement serait musclé », martèle M. Lubérice, parlant de la révocation et du remplacement de trois juges à la Cour de cassation. Rénald Lubérice soutient que la décision de révoquer ces trois juges est survenue en vue de redonner son indépendance au pouvoir judiciaire. Selon lui, tous ces juges ont affiché leurs velléités politiques. S’agissant de Wendelle Coq Thélot, Rénald Lubérice accuse la juge d'être en campagne présidentielle depuis l'administration de Jocelerme Privert. « Enfin madame est libérée de son poste, elle peut être candidate à la présidence. […] Au moins, elle n’est plus embarrassée par sa fonction de juge », déclare le secrétaire général du Conseil des ministres.