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Le Nouvelliste

HAITI-JE-MENGAGE répond au quotidien Listin Diario

March 5, 2021, midnight

HAITI-JE-MENGAGE exprime sa vive préoccupation face à la nouvelle offensive de la droite dominicaine contre l’État haïtien, relayée par l’éditorial du Listin Diario dans son édition du 25 février 2021. Ces attaques qui, jusque-là, s’en prenaient à quelques-uns de nos compatriotes par personnes interposées, viennent de franchir une nouvelle étape. En effet, la tentative maladroite du Listin Diario d’exploiter le malheureux incident dont ont été victimes les deux techniciens dominicains le samedi 20 février dernier est une attaque directe contre notre pays, quand dans le paragraphe 4 dudit éditorial, le journal affirme de manière péremptoire que « Haïti tente de négocier la libération des Dominicains en échange de l’extradition de l’ancien maire de Port-au-Prince Youri Chevry » . C’est, en fait, une très grave accusation! … Et venant du Listin Diario, nous ne pouvons faire l’économie de prendre cette accusation à la légère, car il s’agit de l’éditorial du journal porte-étendard de l’aile conservatrice de l’Establishment dominicain.   Au-delà de cet acte condamnable qui, heureusement, a connu un dénouement heureux, il y a l’acharnement des auteurs de cet éditorial qui veulent à tout prix refaire l’histoire et dont la survie identitaire repose sur la diabolisation systématique de tout ce qu’ils identifient comme haïtien.  Pour mémoire, rappelons que les premiers rapports haïtiano-dominicains du début et du milieu du XIXe siècle n’ont jamais été des rapports de conquête. Au contraire, les interventions de Toussaint Louverture et de Jean-Pierre Boyer ont, en deux fois, libéré ceux qui étaient dans l'esclavage dans l’autre partie de l’île. Donc, ces rapports s’inscrivaient plutôt dans la ligne doctrinale stratégique de l’apport intelligent que la révolution haïtienne a fait à l’Amérique latine et même à la Grèce… et, plus tard, à l’Afrique.   Certains esprits simplistes voient des coïncidences dans les récentes actions de l’extrême droite dominicaine contre nos compatriotes et d’aucuns pensent que le malheureux évènement susmentionné a servi de tremplin à la droite conservatrice pour régler ses comptes avec le président Abinader, qu’enfin le gouvernement haïtien est bien inspiré de ne pas répondre à la provocation.   HAITI-JE-MENGAGE y voit une démarche comportementale tout à fait raciste. En effet, la légèreté de l’éditorial et l’absence évidente d’éthique des auteurs dans l’énoncé de leur accusation il convient de faire remarquer qu’ils n’ont pas employé le conditionnel, témoignent de leur haine viscérale pour Haïti. Comment parler de coïncidence quand cet éditorial au contenu étonnamment léger a été précédé d’un article à la même tonalité en janvier dernier, suivi de plusieurs interventions de personnalités dominicaines appelant au lynchage d’Haïtiens et, à l’occupation d’Haïti, … et pour couronner le tout, le déploiement agressif de l’armée dominicaine à la frontière, il y a à peine quelques jours?   Sur ce dernier point, sans prétendre contester le droit de la République dominicaine d’assurer la surveillance de sa ligne frontalière ni faire foi à l’hypothèse d’exercices justificatifs du surplus d’effectif de l’armée dominicaine, il faut reconnaitre qu’un tel déploiement de militaires, de tanks, d’avions de combat, en temps de paix, peut facilement être considéré comme un « casus belli » pour lequel l’État haïtien, via sa chancellerie, est en droit de demander des explications au gouvernement dominicain.  Cette escalade ne peut être une coïncidence, c’est une provocation tout aussi légère que maladroite, d’autant qu’elle contraste avec la récente déclaration conjointe des deux présidents de l’île, le 10 janvier 2021.   Si l’État haïtien n’est pas tombé dans le piège des élucubrations fantasmagoriques de cette frange conservatrice dominicaine en mal d’identité, par contre, les élites de la société civile haïtienne doivent reconsidérer certaines de leurs dépendances vis-à-vis de la République dominicaine et faire jouer leur poids politique, notamment en forçant l’État haïtien à réévaluer les relations bilatérales entre les deux pays pour en corriger le déséquilibre, en termes de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur de la construction, dans l’agro-industrie et dans le tourisme dominicains, également en termes de marché pour les produits dominicains, en comparaison de ce qu'Haïti tire de ces apports.   En définitive, il est tout de même rassurant de savoir qu’il existe une partie saine et progressiste dominicaine qui rejette ces velléités extrémistes et qui partage, avec nous, le rêve d’une île prospère, dans le respect des diversités ethniques et culturelles de chacun des deux peuples.   Port-au-Prince, 1er mars 2021  HAITI-JE-MENGAGE  Par   Me Joseph D. Alexandre, av.  Ashley Laraque, entrepreneur