Le Nouvelliste
« C'est un problème d’élite que nous avons, pas de Constitution », soutient le politologue Joseph Harold Pierre
Jan. 15, 2021, midnight
Le pouvoir exécutif s’est activement engagé dans le processus de changement de la Constitution qui continue de susciter des réactions dans la société. Si certains acteurs de l’échiquier politique et d’autres secteurs voient dans cette Constitution une source d’instabilité dans le pays, le professeur Joseph Harold Pierre n’entend pas aborder la question de cette manière. Selon lui, le problème n’est pas la Constitution. De son côté, il s'agit d’une « crise d’élite » que traverse le pays. Le politologue Joseph Harold Pierre était l’invité de Robenson Geffrard à l’émission « Haïti Sa K ap Kwit » présenté, le jeudi 14 janvier, sur la chaîne 20. Pour lui, la Constitution n’est jamais respectée en Haïti. Il s’agit beaucoup plus d’une Constitution de façade. Une constitution nominale. Un document qui, remarque-t-il, n’est pourtant pas appliqué. Pour Joseph Harold Pierre, « la Constitution de 1987 dépasse la réalité haïtienne. Le modèle semi-présidentiel appliqué en Haïti est un modèle appliqué en France. Or, même la France rencontre des difficultés pour l’appliquer, encore plus un pays comme Haïti où nous n’avons pas une culture politique démocratique. Il est extrêmement difficile de l’appliquer ». Pour qu’il y ait une réforme constitutionnelle qui aboutit à des résultats, il faut, selon Joseph Harold Pierre, une élite politique issue des partis politiques solides. Or, en Haïti, souligne le politologue, il n’existe pas de partis politiques solides. « Il n’existe aucun parti politique en Haïti qui répond à une structure de parti politique capable de transformer ce pays », poursuit-il avant de souligner qu’il revient aux partis politiques de participer à l’éducation (la socialisation) politique du peuple. Certes, beaucoup d’acteurs font de la politique, mais il y a une absence d’élite politique dotée d’une vision d’ensemble pour le pays, selon le professeur. C’est ce qui expliquerait, à en croire l’analyste, qu’il y a autant de vide ou même de « laisser-aller » dans la manière dont les dirigeants mènent la barque de la nation. « Peu importe la position du président Jovenel Moïse, s’il y a une élite politique dans le pays, elle doit avoir la capacité de le contenir dans toutes ses prises de décisions qui ne concordent pas avec la culture démocratique et la Constitution… », avance-t-il. Si le changement de la Constitution aura lieu, il va y avoir, dans le pays, une plus grave crise, puisqu’il existe une réelle crise de confiance face au pouvoir en place », estime M. Pierre, soulignant qu’en situation de crise de confiance, le dialogue sincère ne devient plus possible entre les acteurs.