this used to be photo

Le Nouvelliste

600 000 appels pour le test Covid-19

May 25, 2020, midnight

Depuis que le pays commence à enregistrer une cinquantaine de cas par jour, le scepticisme d'hier se traduit par une peur généralisée qui tend à asphyxier les centres de dépistage de la Covid-19 en Haïti. Les nombreux cas de fièvre et de courbatures rapportés par la population, la perspective effrayante de pouvoir à tout moment contaminer un parent ou un grand-parent ainsi que le dépistage systématique au sein de certaines institutions où un cas de Covid-19 a été répertorié cristallisent une ruée vers le test estimé à plus de 600 000 demandes par le Laboratoire national de Santé publique. Parallèlement, beaucoup de personnes, y compris des professionnels de santé, ont rapporté une certaine difficulté à trouver les responsables pour tester les cas suspects et une lenteur dans l'acheminement des résultats. Le directeur du Laboratoire national de Santé publique, dans une entrevue exclusive accordée au quotidien Le Nouvelliste, tient à rassurer la population. « Il n y a pas de rupture de stock, on est en capacité de tester tous ceux qui répondent aux critères », déclare le Dr Jacques Boncy.  "Seules les autorités sanitaires peuvent déterminer ceux qui méritent d'être testés"  Le Dr Jacques Boncy manifeste son regret par rapport au nombre stratosphérique de personnes qui appellent ou qui vont dans une institution sanitaire pour se faire tester. "Cela prouve que ces gens n'ont pas vraiment compris le mécanisme. Le Laboratoire National de Santé Publique ne fait pas des tests comme on en fait pour le SIDA. Dans le cadre de la Covid-19, on mène toute une série d'investigations, le test n'est qu'une étape », explique le Dr Boncy. Une personne peut appeler pour expliquer ces symptômes ou une institution sanitaire peut nous contacter pour un cas suspect. Dans les deux cas, souligne le professeur Jacques Boncy, le Laboratoire national ne va pas venir juste pour faire un test. Il y a une investigation en trois étapes. « La première étape est pré-analytique. Elle consiste d'abord à déterminer si la personne répond aux critères des cas suspects et mérite d'être testée. Ensuite, il y aura le prélèvement, la transportation et la conservation. Dans la deuxième étape qui est analytique, le Laboratoire national fait le test. Enfin, le résultat est retourné au médecin traitant ou directement à la personne avec la décision du MSPP pour les suivis. Ceux qui disent que le MSPP refuse de les tester ont raison, parce qu'on ne va pas tester une personne qui ne répond pas aux critères », soutient le Dr Boncy.  « L'Etat dépense plus de 100 dollars US par test, on ne pourra pas tester tout le monde » Chaque test coûte à l'Etat haïtien plus de 100 dollars US, selon le Dr Jacques Boncy. « Même dans les pays où l'on fait beaucoup de tests, l'Etat ne peut pas se payer le luxe de tester tout le monde », ajoute-t-il. En plus du kit pour le test, il y a les ressources humaines et les différentes étapes de l'investigation qui augmentent considérablement le coût du dépistage. Plus loin, le Dr Jacques Boncy,  professeur à l'université d'État d'Haïti, avoue qu'il comprend ce poids qui s'exerce sur le Laboratoire national et le fait que beaucoup de personnes et d'institutions sanitaires sont en quête du test. « Il y a une peur ambiante et certaines personnes qui vivent avec des personnes à risque veulent savoir si elles ont la Covid-19. Certaines entreprises et institutions, après la découverte d'un premier cas, veulent s'assurer également que les autres employés. La vérité dans tout ça, pour le professeur à l'université d'État d'Haïti, c'est que le test ne donne pas une garantie absolue,  ce n'est pas son objectif non plus. Une personne peut être testée négative aujourd'hui et devient positive le lendemain. On réalise les tests dans le but de comprendre l'évolution de la pandémie en vue de ralentir la propagation du virus. » Suivant le même raisonnement, le directeur du Laboratoire national admet qu'au fur et à mesure que l'épidémie se propage, l'Etat va se retrouver dans l'obligation de prioriser les personnes à risque (les personnes âgées de 65 et plus, les femmes enceintes, ceux qui ont des comorbidités, NDLR). Lenteur dans la communication des résultats : le MSPP songe à décentraliser le test Par rapport à ceux qui se plaignent du temps considérablement long qui s'écoule entre le prélèvement et le résultat du test, le Dr Jacques Boncy informe que le MSPP a déjà élaboré un plan bien ficelé en vue de décentraliser le test. Tous les départements du pays seront en mesure de participer au processus d'investigation pour la réalisation du test, affirme le Dr Boncy qui promet que les centres GHESKIO et le Laboratoire national ne seront plus les seuls à pouvoir réaliser le test dans les jours qui viennent. « Pour l'instant, on travaille sur la disponibilité des ressources, mais le plan est déjà prêt. Si vous ressentez des symptômes de la Covid-19, vous pouvez aller dans un centre hospitalier ou appeler directement le MSPP, mais cela ne veut pas dire que vous remplissez les critères ; seul un professionnel de santé ou un investigateur du MSPP peut décider si oui ou non vous méritez d'être testé, selon la procédure tracée par le Laboratoire national », conseille le Dr Boncy. Pour les institutions et les personnes qui n'ont pas encore reçu leurs résultats, le médecin pense qu'il faut voir ça directement avec l'investigateur, qui pourra à ce moment vous indiquer le niveau du traitement de votre dossier. « Chaque dossier a un investigateur et il y a plusieurs raisons liées au processus qui peuvent expliquer un retard dans la communication des résultats, indique le Dr Boncy. Nous devons être compréhensifs et contacter les autorités pour avoir les informations directement. »