Le Nouvelliste
Calme apparent au Cap-Haïtien
Nov. 5, 2019, midnight
Depuis environ une semaine, la ville du Cap-Haïtien connaît un calme apparant avec notamment la suspension des manifestations de rue. Le dimanche 3 novembre, une manifestation de l'opposition locale n'a pas fait recette. Cependant, des turbulences ont été enregistrées durant le week-end, dans quelques quartiers de la ville, notamment à Cité Lescot et entre les rues 21 et 22 L, nouveau point de rassemblement de l'opposition locale. Charles Pitelly, représentant du Secteur démocratique dans le Nord, reconnaît que les manifestations de rue ne peuvent pas renverser le président de la République. « Nous n'allons plus manifester , avertit le petro challenger. Désormais on change de stratégie. On va maintenant tout bloquer au Cap-Haïtien» prévoit celui qui se fait appeler «Kanson Fè». En dépit de la baisse de l'intensité des manifestations dans la deuxième ville du pays, les activités commerciales peinent à être reprises comme à l'ordinaire. «Nous sommes obligés de fixer un horaire spécial, en raison de la crise», explique un entrepreneur sous couvert de l'anonymat. « Dans la matinée, tout fonctionne normalement... Mais à partir de 2 h de l'après-midi, on est obligé de prendre congé de notre clientèle en raison des turbulences dans les banlieues et des manifestations spontanées », ajoute cet homme d'affaires qui nous a confié avoir marre de cette situation. Le carburant est toujours indisponible dans les stations d'essence et se vend jusqu'à 350 gourdes le gallon sur le marché informel. Le représentant de l'exécutif dans le Nord, Pierrot Augustin Dégauld, qui déplore cette situation, informe que 13 camions de carburant en direction du Cap-Haïtien se trouvent bloqués à Mirebalais en raison de l'insécurité qui règne sur les routes. «Nous allons créer une synergie afin de sécuriser les routes pour qu'ils puissent délivrer la marchandise,» a déclaré le délégué départemental. Le gouvernement avait envisagé d'affréter un navire dominicain pour le transport du carburant dans le Nord, fait savoir Pierrot Augustin Dégauld. Cependant, selon lui, les Dominicains voulaient qu'on leur achète la pétrole directement. Un mois environ après son installation à la délégation du Nord, le représentant du président Jovenel Moïse dans le département n'a pas réussi à rouvrir les écoles, en dépit des «mises en place.» « Les écoles fonctionnent normalement dans plusieurs communes du département», précise Dégauld qui se dit préoccupé par le dysfonctionnement des établissements depuis 7 semaines. Le directeur départemental du ministère de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Curtis Eyma, avoue avoir également pris des dispositions afin de rouvrir les écoles au Cap-Haïtien. Eyma annonce une large campagne de sensibilisation à travers les ondes locales afin de « permettre aux élèves de ne pas perdre l'année scolaire ». Ce que rejette Wilson Jean Jacques alias « Vye Papa», un des porte-parole du secteur de la mobilisation dans le Nord. «Tant que Jovenel Moïse reste au pouvoir... il n'y aura pas d'écoles», tempête ce dernier. À la tombée de la nuit, la ville est plongée dans le noir complet, sauf quelques quartiers du centre-ville. Dans les banlieues, notamment à Shadah et à Nan Bannann, la situation demeure toujours préoccupante, explique le chef de la police du Cap, le commissaire Hugues Gabriel. Deux semaines auparavant, plus d'une trentaine de maisonnettes ont été incendiées à Shadah. Le lendemain de l'incendie, des riverains avaient intercepté un véhicule à Rond-Point Samarie, quartier intermédiaire des zones en conflit avant le sinistre. Le propriétaire de la voiture, Volmyr Clervil, un agent douanier, indique avoir frôlé la mort ce jour-là. Depuis une semaine, des groupes de la société civile locale ont entamé des discussions entre des riverains de Shadah et Nan Bannann, deux quartiers en conflit situés à l'entrée nord du Cap-Haïtien. Gérard Maxineau gedemax@yahoo.fr Twitter: @gedemax