Le Nouvelliste
Dans l’œil du cyclone, la Cour des comptes reçoit l’appui de l’Union européenne
Oct. 1, 2020, midnight
« L’ambassadeur Sylvie Tabesse et les ambassadeurs des États membres @ambafranceht @EmbEspHaiti @AmbAlleHt ont eu une rencontre avec le président de la CSCCA, Me Rogavil Boisguéné, accompagné d’autres membres de la Cour », a informé la délégation de l’Union européenne dans un tweet, le 29 septembre 2020. L’UE a indiqué avoir eu des « échanges fructueux, qui ont permis de discuter des priorités de la Cour et des thématiques de la bonne gouvernance financière et institutionnelle, éléments clés du partenariat avec Haïti ». Avant cette rencontre, le 22 septembre, le président de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), Me Rogavil Boiguéné, avait été reçu par l’ambassadeur de France José Gomez. « L’ambassadeur de France a reçu le 22 septembre pour un petit déjeuner de travail le président de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), M. Rogavil Boisguéné. Lors de cet entretien, ce dernier a souligné l’importance de la Cour, institution indépendante dont les compétences correspondent à celles de la Cour des comptes et du Conseil d’Etat français. Ces institutions jouent un rôle essentiel au bon fonctionnement de l’Etat de droit », selon un communiqué publié par l’ambassade de France le 24 septembre 2020. « L’ambassadeur et le président de la Cour ont convenu d’œuvrer de concert au renforcement de la coopération entre l’ambassade de France et la Cour », a révélé ce communiqué. Les rencontres du président de la CSCCA avec les diplomates européens interviennent à un moment de tension entre la Cour et l’exécutif. La Cour, en réaction aux propos tenus par des autorités lors du dialogue communautaire au Palais national, le 6 septembre, avait dénoncé des intimidations et des menaces potentielles à la sécurité du personnel. La Cour a souligné son souci de respecter la loi dans l’analyse des projets de contrats alors que le ministre des TPTC évoquait des blocages, dénonçait l’ignorance et l’incompétence des juges qui, remontés, ont exigé des excuses. Des excuses présentées par le PM Jouthe qui avait estimé que son ministre avait utilisé deux mots de trop. Il y a eu un autre incident entre ledit ministre et le président de la CSCCA qui s’était rendu lui-même à la Cour pour déposer des dossiers, dont le projet de contrat pour la construction d’une centrale de 55,5 mégawatts. Le président de la Cour avait dénoncé une intrusion du ministre dans un espace sensible de la Cour sans autorisation. C’est le PM Jouthe qui avait dû intervenir pour permettre à son ministre de repartir. Le projet de contrat en question, corrigé selon les recommandations de la CSCCA, a été approuvé cette semaine. « Ce sont des rencontres très fructueuses effectuées dans le cadre de la coopération de la Cour avec la France. Nous avons une coopération avec la Cour des comptes de France via l’Expertise France », a confié au journal le président de la Cour, Me Rogavil Boisguéné, soulignant que ces discussions vont permettre de relancer la coopération qui s’était arrêtée à cause de la Covid -19 et d’autres événements dans le pays. « Nous avons eu un accompagnement technique dans le cadre de cette coopération à travers la formation des cadres de la Cour », a expliqué le président de la CSCCA. Avec l’UE nous n’avons pas cette habitude. Mais nous avons échangé sur les activités, le travail, la mission de la Cour et les difficultés de toutes sortes auxquelles elle est confrontée, a indiqué Me Rogavil Boisguéné. « Ils ont promis de soutenir, d’appuyer la Cour. La structure État de droit de l’UE va travailler avec notre équipe à la Cour pour voir comment nous accompagner en fonction de nos besoins », a poursuivi le président de la CSCCA. S’agit-il d’un appui dans un contexte de pression de l’exécutif? « N’oubliez pas que ce sont des partenaires d’Haïti dans plusieurs domaines. Dans le cadre de la coopération avec Haïti, ils ont des comptes à rendre chez eux. L’appui financier à Haïti est l’argent du contribuable. Le système européen est axé sur l’Etat de droit, la bonne gouvernance et la reddition des comptes. Ils veulent toujours, en aidant le pays où d’autres entités, se rassurer qu’il y a une institution supérieure qui fasse le contrôle. S’il n’y a pas de contrôle, ils ne peuvent pas accompagner », a précisé le président de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, Me Rogavil Boisguéné, fraîchement reconduit à son poste pour un autre mandat d’une année.