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Le Nouvelliste

Les Bahamas reprennent la déportation des sans-papiers haïtiens frappés par Dorian

Oct. 3, 2019, midnight

Vingt jours, ni plus, ni moins. C’est le délai accordé par le gouvernement des Bahamas aux communautés sans papiers de l’île pour se remettre de l’ouragan Dorian avant de reprendre les mesures d’expulsion. Les migrants, qui n'avaient d'autre choix que de rester dans des abris gouvernementaux après la destruction de leurs maisons, ne savent plus à quel saint se vouer.  «Nous respectons le fait que le pays a des lois et peut les faire respecter, mais ce n'est pas le moment d'appliquer ces lois», a déclaré Marleine Bastien, directrice exécutive du mouvement FANM basé à Little Haiti. «Le gouvernement des Bahamas a promis de ne pas déporter les sans-papiers après la tempête. Les efforts de récupération sont toujours en cours. Les gens ont perdu leurs maisons, leurs documents et leurs papiers. » « Il est inconcevable pour les Bahamas de planifier l'expulsion de personnes après une crise aussi tragique et horrible ... Ce n'est pas le moment pour le gouvernement des Bahamas d'expulser ces gens », a poursuivi, dépitée, Marleine Bastien qui, quelques jours après le passage de Dorian, avait écrit une lettre ouverte au Premier ministre bahamien, Hubert Minnis, demandant au gouvernement d'imposer un moratoire aux déportations jusqu'à ce que les résidents se rétablissent complètement. Le 10 septembre, soit quatre jours après la publication de la lettre, le gouvernement des Bahamas avait annoncé qu'il suspendrait indéfiniment les expulsions des immigrants touchés par l'ouragan. «Sachant que nous sommes maintenant confrontés à une crise humanitaire, le gouvernement prend la décision de suspendre immédiatement ces politiques d'immigration ou mesures d'expulsion dans les zones touchées», avait déclaré à l’époque le ministre bahamien de l'Immigration, Elsworth Johnson. Lundi dernier, le ministre Johnson, en déclarant au Nassau Guardian que les sans-papiers qui se réfugiaient dans des abris gouvernementaux étaient désormais rapatriés, semble avoir changé son fusil d’épaule. « Maintenant, je voudrais dire que l'ouragan a maintenant disparu et que, par conséquent, les agents de l'immigration ne sont plus utilisés pour sauver des personnes ou de manière humanitaire, et dans la mesure où quiconque se retrouverait n'importe où aux Bahamas, […] sans papiers et qu’on le trouve, il sera appréhendé et la loi suivra son cours », a fait savoir Elsworth Johnson, précisant que les abris gouvernementaux ne seraient pas utilisés pour « contourner la loi ». Il dit avoir chargé le directeur et les agents d'immigration de « protéger les frontières du pays afin de faire respecter les lois sur l'immigration sans crainte, favoritisme ou mauvaise volonté ».  «Il est inacceptable que les Bahamas déportent des immigrants sans papiers après avoir vécu des expériences traumatisantes. Il est inhumain de les expulser vers Haïti qui traverse l'une des pires crises politiques de son histoire, avec de graves violations des droits humains, des meurtres et des massacres », a pour sa part rétorqué Marleine Bastien. Pour Steven Forester, coordinateur des politiques d'immigration à l'Institut pour la justice et la démocratie en Haïti, «les dirigeants des Bahamas ne devraient pas expulser qui que ce soit des abris […]» et appelle les autorités à tenir leurs promesses. La tempête de catégorie 5, avec des vents de plus de 180 km, a frappé les Bahamas, faisant au moins 56 morts et des dégâts considérables, principalement sur les îles de Grand Bahama et Abacos.