Le Nouvelliste
Lettre ouverte du COSPE aux acteurs politiques
Nov. 12, 2019, midnight
Le mouvement de mobilisation sociale lancé depuis le début du mois de septembre par plusieurs acteurs du secteur politique et de la société civile pour réclamer la démission du président de la République a provoqué la paralysie de toutes les activités du pays y compris l’ouverture des écoles. En effet, la recrudescence de la violence, les rançonnements et les attaques sur les passants et les automobilistes ont créé un climat de peur qui contribue à l’arrêt quasi total des activités scolaires dans les principales grandes villes du pays. De plus, des appels visant spécifiquement la fermeture des écoles, sous le coup de menaces, d’actes de vandalisme et de violence contre ces établissements et les écoliers ont provoqué sans aucun recours et unilatéralement la fermeture sine die de la plupart des écoles à travers le pays.Le Consortium des organisations du secteur privé de l’éducation (COSPE), une plateforme qui regroupe l'immense majorité des principaux acteurs du secteur non public de l’éducation vient, par la présente, faire appel à la conscience humaine et patriotique de chacun de vous afin de protéger les enfants, leurs familles, les personnels éducatifs et les écoles en toutes circonstances et de les épargner des effets néfastes de cette crise politique. Nous comprenons totalement les revendications justifiées de tous les secteurs et de la population. Cependant, il est, à notre avis, impérieux que les enfants haïtiens ne soient pas les premiers à payer les conséquences de cette lutte. C’est pourquoi nous venons, par la présente, vous demander de mener les démarches et de prendre les dispositions nécessaires pour faciliter la création, sans délai, d’un couloir humanitaire afin que le droit à l’éducation de plus de 3 millions d’élèves soit respecté conformément aux prescrits de la Constitution haïtienne et aux accords internationaux ratifiés par Haïti, qui permettent de protéger et de garantir la jouissance de ce droit même dans les pays où sévit la guerre. En juillet 2019, les élèves n’ont pas pu participer aux examens de fin d’année. jusqu'ici, _ils ont déjà perdu quarante jours de classe sur le total prévu pour boucler le programme scolaire. Ce temps sera presque impossible à rattraper alors qu’Haïti est le pays où le volume annuel de temps d’apprentissage est déjà parmi les plus faibles dans la région. Les familles, qui avaient déjà payé une première partie des obligations financières, ne peuvent obtenir les services y afférents alors que leurs investissements représentent 70% des dépenses du secteur. Des milliers d’enseignants et de gestionnaires de l’éducation risquent de perdre leurs emplois. Nombre de transporteurs et autres fournisseurs de service évoluant autour de l’école se sont retrouvés du jour au lendemain sans activité économique. Pourtant, le pire demeure l’impact psychologique que représentent pour les enfants les scènes de violence dont ils sont les spectateurs mais surtout l’impossibilité qu’ils ont d’en discuter avec leurs pairs dans l’environnement serein et apaisé que constituent leurs écoles.En tant que signataire de la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (GCPEA), qui stipule que « le droit à l’éducation est inviolable, même en temps de guerre », Haïti se doit de trouver des solutions pour enrayer la crise actuelle et permettre à tous les enfants haïtiens, y compris ceux dont les parents ne peuvent pas payer les frais de scolarité, de jouir de ce droit. Le COSPE se fait ici le porte-parole des familles haïtiennes qui ont consenti des sacrifices énormes pour palier le déficit permanent de l’État haïtien en finançant elles-mêmes la construction d’un meilleur lendemain pour leurs enfants. Le COSPE s’appuie sur cette convention pour faire appel à votre implication en tant qu’acteurs politiques pour mettre en place, sans aucun délai, ce couloir humanitaire afin que les écoliers haïtiens de toutes les couches sociales puissent reprendre le chemin de l’école en toute sécurité.Tout Timoun dwe al lekòl, se dwa yo e se devwa sosyete a pou l garanti yo sa!