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Le Nouvelliste

Covid-19 : « Il faut doter le pays d’un personnel capable de produire des savoirs et des compétences répondant à ses besoins et problèmes»

May 20, 2020, midnight

Lors de sa participation au programme d'échanges avec des universitaires « Corpuha au temps de la Covid-19 », l’ancien responsable de la Direction de l’enseignement supérieur au niveau du ministère de l’Éducation nationale et la Formation professionnelle (MENFP), Creutzer Mathurin, souligne que la crise engendrée par le coronavirus fragilise davantage le secteur de l’enseignement supérieur qui fonctionnait déjà dans des conditions difficiles. Le professeur décrit la situation d’un pays où déjà ces institutions fonctionnaient avec des moyens limités. Beaucoup de contraintes. La plupart d’entre elles offraient déjà une formation avec un déficit de qualité et fonctionnaient en dehors des normes établies. Pour le professeur Creutzer Mathurin, docteur en sociologie des sciences et de l’enseignement supérieur, la Covid-19 a fait ressortir, plus que jamais, la nécessité pour les institutions concernées dans le pays de se préparer toujours à faire face à des imprévus. Pour le sociologue, les acteurs de la société, notamment au niveau du secteur de l’enseignement supérieur, devraient avoir la capacité à donner des réponses à la crise et de répondre à d’éventuelles crises. « Le coronavirus nous montre la nécessité qu’il y a lieu de maîtriser un certain nombre de savoirs techniques et scientifiques », soutient celui qui profite pour saluer l’existence de la Conférence des recteurs, des présidents et dirigeants d’institutions d’enseignement supérieur haïtiennes (Corpuha), qui, pour lui, constitue un espace collectif, une structure capable de favoriser la régulation du secteur. Le professeur croit que ce n’est plus le temps pour les institutions universitaires de fonctionner de manière éparse, où chacune fonctionne dans son petit coin. Il est temps, selon lui, que les institutions ne se croisent pas les bras en laissant les choses continuer de la même manière qu’avant. Cette crise, pense Creutzer Mathurin, nous a mis en face de la réalité. Elle nous permet de voir, de comprendre que la « solidarité internationale a des limites ; la trop grande interdépendance n’est pas une bonne chose ». La crise, estime-t-il, nous offre l’opportunité de repenser et de réorganiser le mode de fonctionnement des institutions de l’enseignement supérieur. Le spécialiste des questions de l’enseignement supérieur croit que l’État doit doter ce secteur « d’un cadre institutionnel » qui va garantir son développement. Il ne s’agit pas seulement d’élaborer et promulguer un texte de loi, il y a aussi tout un ensemble d’autres mesures à adopter en vue de son renforcement. La question du financement doit être adressée, tout en mettant en place des mesures d’accompagnement permettant aux citoyens d’accéder à l’enseignement supérieur dans l’intérêt de la société. Il est temps, d'après le professeur, de préparer des professionnels de demain et les élites qui devront prendre les destins de cette société. Il est facile de constater que les institutions d’enseignement supérieur en Haïti ont surtout placé le focus sur le volet de l’enseignement, de la transmission du savoir, mais pas sur celui de la recherche, de la production du savoir. Or, le professeur Mathurin pense que cette crise sanitaire montre qu’il faut prendre en charge les problèmes du développement de la recherche dans le pays. Ce qui devrait nous permettre d'adopter des décisions qui sont à la hauteur de la crise. « Ce qu’on attend des chercheurs, rappelle le professeur, ce sont leurs contributions dans le milieu où ils évoluent ». Pour Creutzer Mathurin, ancien coordonnateur du Comité du pilotage chargé de définir et d’orienter la politique éducative dans le pays au ministère de l’Éducation nationale, il est fondamental que le pays dispose  d’un personnel capable de produire des savoirs, des compétences qui répondent aux différents problèmes. Analysant la situation, le professeur Mathurin paraît plutôt perplexe quant à l’avenir.