Le Nouvelliste
Les hôpitaux dans la tourmente
Oct. 1, 2019, midnight
« Je ne peux rien faire pour vous madame, la SOP (salle opératoire) n’est malheureusement pas en service. Nous sommes désolés, nous ne pouvons pas prendre en charge votre cas », explique l’interne qui était de garde vers les 12 heures a.m. à une jeune fille qui accompagnait un homme blessé à la tête. Un autre médecin, à quelques pas de lui, explique la même situation à un homme visiblement paniqué qui vient d’acheter une paire de gants. « Allez à un autre hôpital, c’est la moindre chose que je peux vous conseiller », ajoute le médecin. En dépit du « peyi lòk », les cas d’urgence continuent d’affluer dans les hôpitaux. Mais, nombreux sont ceux qui repartent avec la certitude que la fin de leur existence est plus proche que plus lointain. Le plus grand centre hospitalier du pays ne peut que traiter les cas de « bobologie »(les cas non compliqués), soutient l’un des rares médecins qui était de garde ce mardi 1er octobre. « Le bloc opératoire ne fonctionne pas, pas d’intrants et de matériels, la pharmacie est vide, les médecins ne peuvent venir travailler, problème de disponibilité de l’eau…, sont entre autres difficultés auxquelles nous faisons face », a-t-il exposé. Trois internes critiquent l’administration de l’hôpital qui n’a pas encore convoqué une réunion sur la gestion de la crise. Aux salles d’urgences (médecine interne, orthopédie,chirurgie)… les patients sont là, mais pas les médecins. « La dernière fois quej’ai été consulté remonte à jeudi dernier. Regarde par toi-même, tu verras que mon pied commence à putréfier », se désole un jeune homme qui a eu un accident de la voie publique. Il a déjà subi son intervention chirurgicale, mais les suivis médicaux ne sont pas effectués. Les manifestations de rue contre le président Jovenel Moïse intensifient à travers les dix départements impactent le système sanitaire. « L’impact de cette situation sur le secteur de la santé est catastrophique », a affirmé le président de l’Association des hôpitaux privés d’Haïti (AHPH), le Dr Franck Généus, qui dit constater avec inquiétude que les crises politiques, sociales, économiques et de gouvernance auxquelles fait face Haïti ne vont qu’en empirant depuis plus de douze mois. Durant cette crise, le personnel soignant ne peut se rendre au travail. « Les hôpitaux d’Haïti vivent chaque jour dans l’angoisse de devoir arrêter les services à la population pour des raisons tant de sécurité, d’accessibilité géographique, de finances et de disponibilité de carburant. L’accès aux sources d’énergie devient un luxe de moins en moins accessible jour après jour », a indiqué le président de l'AHPH, relatant que «depuis près d’un an les hôpitaux sont en difficulté pour trouver du sang pour les malades». Le président de l’Association des hôpitaux privés d’Haïti (AHPH) qui intervenait lundi à Radio Vision 2000 a plaidé en faveur de la mise en place d’un corridor humanitaire sanitaire autour de quatre grands axes : - l’approvisionnement des médicaments, d’oxygène, d’eau, etc. – une organisation du transport par les autorités étatiques- la disponibilité du carburant dans les hôpitaux- un support financier aux hôpitaux privés. « En temps de crise, il y a nécessité de mettre des moyens financiers à la disposition des hôpitaux privés qui prennent le relais quand les hôpitaux publics ne fonctionnent pas ou sont dysfonctionnels. Il faut bien comprendre que les hôpitaux privés paient le coût de l’incapacité des hôpitaux publics », a expliqué le Dr Franck Généus, plaidant pour la mise en place d'un corridor humanitaire avec la Police, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Association nationale des distributeurs des produits pétroliers (ANADIPP), etc.