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Le Nouvelliste

Mauvaises nouvelles pour la gourde qui cherche un second souffle

Aug. 7, 2020, midnight

La banque centrale annonce des interventions sur le marché des changes à hauteur de 150 millions de dollars jusqu’à la fin de l’exercice fiscal. « Dans le cadre du renforcement de l’offre de dollars sur le marché des changes, la Banque de la République d’Haïti (BRH) annonce des interventions jusqu’à concurrence de cent cinquante millions de dollars (150,000, 000.00 EU) sur le reste de l’exercice fiscal 2019-2020 », lit-on dans un avis  de la BRH signé par le gouverneur Jean Baden Dubois. « Ces interventions seront effectuées sur une base hebdomadaire à compter du 10 août 2000 », indique l’avis qui intervient un moment où la chute de la gourde se poursuit, avec un taux de référence de la BRH de 120 gourdes 84 pour 1 dollar américain, sur fond d’un financement monétaire de 34 milliards de gourdes au 30 juin, soit un dépassement de 4 milliards par rapport aux 30 milliards de financement prévus dans le « budget »  de l’exécutif Moïse/Jouthe. Comparativement au niveau de financement monétaire de 4,14 milliards de gourdes le 24 juin 2019, le financement monétaire du déficit budgétaire du gouvernement par la Banque de la République d’Haïti (BRH) (34,04 milliards de gourdes) représente une augmentation de 722 % en un an, avait indiqué le Dr Thomas Lalime dans sa chronique dans Le Nouvelliste. Parallèlement à ce niveau de financement record, le taux de change de référence, publié par la BRH, est passé de 93,03 gourdes le 28 juin 2019 à 119 gourdes le 28 juillet 2020, soit une dépréciation de 27,91 % de la gourde en 13 mois. Les interventions de la BRH pour vendre des dollars n’ont pas freiné la chute de la gourde. Au cours du deuxième trimestre de l’exercice en cours (janvier à mars 2020 ), la BRH « a procédé à une vente nette de 38,92 millions de dollars sur le marché des changes afin de lisser les variations du cours de la devise américaine », selon la note de politique monétaire de ce trimestre. Au cours du troisième trimestre, « la BRH a procédé à une vente nette de 52,79 millions de dollars sur le marché des changes afin de limiter les fortes fluctuations du cours du dollar américain », lit-on dans la note de politique monétaire de cette période. Au moins 2/3 du marché des changes, opérant dans l’informel, échappe au contrôle de la BRH. Entre-temps, des données partagées sur les opérations de changes du secteur formel sur quatre jours, du 20 au 24 juillet 2020, indiquent que 35 millions de dollars ont été vendus et que les banques ont réalisé un gain de change en gourdes estimé à 47 millions de gourdes. Ce vendredi 7 août, le ministère du Commerce et de l’Industrie, dans un communiqué signé du ministre Jonas Coffy, se basant sur les articles 1er et 3 de l’arrêté du 19 septembre 2018, a avisé les commerçants qu’il leur est fait obligation de libeller et d’afficher les prix des biens et services sur le territoire national dans la monnaie nationale, la gourde. « En conséquence, aucun paiement d’une transaction au moyen de la gourde ne peut être refusé. Les contrevenants à ces dispositions feront l’objet de mesures coercitives », a prévenu le ministre du Commerce et de l’Industrie, Jonas Coffy. Après la décision du 1er mars 2018, communément appelée dedollarisation, les autorités avaient annoncé des dispositions pour son application. Les consommateurs ont observé le début de la chute de la gourde et l’anarchie de certains commerçants dans la fixation de taux de change pour l’achat de biens et de services. Entre-temps, par rapport à la dépréciation de la gourde vis-à-vis du dollar et de l’inflation, des transactions bancaires montrent que les Haïtiens perdent foi dans la gourde. Le dollar est la monnaie refuge. Au mois de mai 2020, le processus de dollarisation du système bancaire s’est accentué quel que soit l’indicateur retenu. Par exemple, le ratio «dépôts en devises converties en pourcentage des dépôts totaux» est passé de 66,33 % au 31 mars 2020 à 69,05 % au 31 mai 2020. De même, le ratio « portefeuille de prêts nets en devises converties en pourcentage des prêts nets totaux » est passé de 55,93 % à 57,32% au 31mai 2020. Le pourcentage d’actifs en devises converties représentait 61,05 % au 31 mai 2020 contre 58,19 % au 31 mars 2019 », a écrit en début de semaine le docteur Thomas Lalime dans sa chronique dans Le Nouvelliste. Entre-temps, comme pour souligner que les problèmes volent en escadrille, le gouvernement américain vient de reconfirmer qu’Haïti est placé en catégorie 4 comme destination où les Américains ne doivent pas se rendre à cause de la Covid-19, du crime, des trouble sociaux et du kidnapping. L’avis aux voyageurs américains intervient dans le sillage de la position des États-Unis sur la dégradation de la situation sécuritaire en Haïti. «Les États-Unis sont profondément préoccupés par les pertes en vies humaines dans les communautés marginalisées du fait de la violence liée aux gangs. Nous constatons que les gangs armés violent systématiquement les droits humains des habitants de communautés telles que Cité Soleil, La Saline, Bel Air, Martissant et Village-de-Dieu », ont indiqué les États-Unis dans cette déclaration postée sur le compte Twitter de l’ambassade. « Les États-Unis encouragent le gouvernement haïtien à protéger ses citoyens les plus vulnérables en luttant contre la prolifération des gangs et en tenant les auteurs de violence et leurs complices responsables. La violence, la corruption et l’impunité ont entravé les objectifs de développement d’Haïti et les aspirations du peuple haïtien à une vie meilleure pendant bien trop longtemps », selon cette déclaration. « Les États-Unis continuent à lancer un appel à la reddition de comptes pour les cas de violation de droits humains et de corruption. Et nous réitérons la nécessité pour le gouvernement d’Haïti d’enquêter sur ces cas et de poursuivre les responsables de ces actes de violence liée aux gangs », ont indiqué les Américains.  Le Canada a découragé ses ressortissants d'effectuer des voyages non essentiels en Haïti à cause de potentiels troubles sociaux à travers le pays. La situation sécuritaire peut dégénérer rapidement, selon le Canada, qui avait fait une actualisation de cet avis le 31 juillet. Le 7 août, ce conseil aux voyageurs canadiens est encore maintenu.