Le Nouvelliste
Covid-19 : des professionnels de la santé font des recommandations au gouvernement
May 27, 2020, midnight
Un groupe de 5 médecins haïtiens a initié des réflexions et fait des recommandations au gouvernement sur la crise sanitaire liée à l’épidémie du coronavirus. Dans ce document, les signataires ont fait part de leur constat, analysé la situation sanitaire du pays, présenté un modèle de structure organisationnelle pour la réponse et proposé des actions à entreprendre. Sur Magik9, l’ancienne ministre de la Santé, et signataire du document, Josette Bijoux, a souligné que cette initiative vise à offrir une contribution technique aux actions du gouvernement pour une prise en charge méthodique et rationnelle de l’épidémie. Ce qui, selon elle, permettra de minimaliser l’impact douloureux de la maladie sur la population. « Nous avons soumis le document à la commission multi-sectorielle. Ce ne sont pas des critiques faites aux autorités mais de préférence des propositions d’actions. Nous avons identifié tout ce qui permettra de mieux gérer la l’épidémie et de sortir de la crise », a-t-elle expliqué lors de son intervention à Panel Magik. Selon Josette Bijoux, le feed-back de la commission multisectorielle est très positif. « Nous avions été invités pour discuter autour du document. J’ai rencontré les deux co-presidents de la commission multi-sectorielle vendredi dernier. Nous avons discuté et j’ai leur apporté un complément d’informations. Nous sommes parvenus à des conclusions », rapporte-elle. Dans le document, les médecins constatent que la population dans son ensemble ne fait pas confiance aux autorités. « La majorité n’a aucun souci de la maladie. Une partie a peur et menace même de tuer quelqu’un qui serait frappé de la maladie ou qui serait en contact avec un malade. Une autre partie utilise ses connaissances de la médecine traditionnelle pour faire la prévention et se soigner. Cette situation crée des difficultés pour trouver les contacts des personnes confirmées selon des voies autorisées », a fait remarquer Dr Bijoux. Le constat du groupe de réflexion sur le secteur de santé est sans appel. Les signataires notent que la majorité des hôpitaux et centre de santé publics sont dysfonctionnels. « Le budget de santé est inexistant et les fonds de la coopération externe sont en nette régression en raison du fait que le secteur n’a pas la priorité dans le budget national », font-ils remarquer. Les signataires proposent un plan opérationnel au triple niveau scientifique, stratégique et opérationnel pour faire face à la crise. « Au niveau scientifique, il faut une commission chargée de conduire des recherches, afin de déterminer le comportement de la maladie sur la population, les réactions de celle-ci face à la pandémie et le rôle de la médecine traditionnelle. Cette commission pourra intégrer le Dr Jean William Pape qui est un expert en matière de recherche scientifique, le Laboratoire national conformément à sa mission, les universités, la direction d’épidémiologie du laboratoire et de la recherche( qui pourra assurer le secrétariat de cette commission), la représentation de l’OPS/OMS et le comité d’éthique national pour les recherches », peut-on lire dans le document. Les signataires proposent une deuxième commission qui aura pour mission d’identifier les axes stratégiques d’un plan de réponse. Ce, en tenant compte du comportement de l’épidémie en Haïti. « Ces axes pourront subir des modifications au fur et à mesure que la commission scientifique avance dans ces recherches. Le directeur général du MSPP pourra prendre le leadership de cette structure. Il sera assisté de l’unité de planification du MSPP qui assurera le secrétariat, des associations socioprofessionnelles, des sociétés savantes etc », ont-ils avancé. Au niveau opérationnel, le groupe propose que les actions soient planifiées en se basant sur les axes stratégiques définis. « Le groupe suggère que le coordonnateur général des opérations soit assisté des directeurs des 10 départements. Ceci va garantir la logique et la pertinence des actions qui seront planifiées et entreprises. Le niveau opérationnel doit être décentralisé pour répondre aux prescrits constitutionnels. Au sein de ces comités multisectoriels, on peut avoir les secteurs de l’éducation, les religions, les élus locaux, les volontaires, etc », indique-t-on dans le document. Pour réduire les risques de propagation de la maladie, le groupe recommande l’arrêt des activités de production des cartes d’identification nationale en attendant de trouver une formule convenable respectant les règles de distanciation sociale. Le groupe exhorte les autorités à trouver une formule bien adaptée pour la gestion des parcs industriels qui représentent un grand risque de contamination pour les travailleurs. Sur la sensibilisation, le groupe recommande aux autorités d’avoir recours aux pairs éducateurs pour regagner la confiance de la population. Sur la prise en charge, les signataires du document prônent un dialogue entre le MSPP et les hôpitaux privés. Ce, afin de considérer la participation active de ceux qui sont Intéressés à accueillir des patients. Pour faire baisser la létalité de la maladie, le groupe de réflexion prône un renforcement des institutions sanitaires publiques et privées non lucratives. Ce, afin de permettre une prise en charge correcte des pathologies endémiques qui sont les facteurs de comorbidité de la Covid-19. « L’Etat devra aussi faciliter le confinement chez ces catégories de personnes en leur donner certains privilèges tels que congés payés, subventions alimentaires et financières à ceux qui n’ont pas de revenus, etc. ».