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Le Nouvelliste

La grève des médecins de Chancerelles risque de s’étendre dans les hôpitaux publics

Oct. 20, 2020, midnight

Les médecins résidents de la maternité Isaïe Jeanty, dite hôpital de Chancerelles, ont observé le mardi 20 octobre  leur 9e journée de grève. Ils réclament 12 mois d’arriérés de frais mensuels. Dénonçant les mauvaises conditions de travail du personnel de santé, le Comité national des médecins en résidence hospitalière des différents hôpitaux universitaire publics d’Haïti (CNRHPH) menace d’étendre le mot d’ordre de grève à tous les hôpitaux publics du pays. Les activités ont été une nouvelle fois paralysées ce mardi dans le seul centre hospitalier public destiné aux femmes. Les médecins se réunissant dans une petite cellule d’urgence n’avaient pas prévu de consulter de nouvelles patientes. Seules les 10 dernières femmes qui ont accouché la veille de la grève ont bénéficié d'un suivi médical. Aucun autre choix n’a été proposé aux quêteuses de soins de santé que celui de rebrousser chemin.  En temps normal, elles sont une trentaine de femmes qui bénéficient, chaque jour, d’un accouchement par voie basse et une dizaine qui mettent au monde leur progéniture par césarienne. « On ne sait pas où se sont rendues ces femmes. Celles qui viennent vers nous n’ont pas de moyens de se payer les frais de santé d’un hôpital privé », indique une infirmière interrogée par le journal ce mardi. Si les médecins grévistes sont conscients que les malades sont les premières victimes de leur mouvement, ils affirment cependant que la maternité Isaïe Jeanty, spécialisée dans les soins obstétrico-gynécologiques ne peut répondre aux besoins des patients. Comme toute structure sanitaire publique, la carence en intrants et matériel nécessaire lui est récurrente. « Vu les mauvaises conditions de travail, le climat d’insécurité, le manque d’infrastructures, l’insalubrité, le problème d’énergie, d’eau courante, de non-disponibilité du bloc opératoire, de pénurie fréquente d’oxygène, d’intrants et d’implants dans nos différents centres de formation et surtout le non-paiement de deux mois d’allocation au cours de l’exercice 2018-2019 et de 12 mois d’allocation pour certains résidents 1 et 6 mois pour d’autres… la situation impose au résident de la maternité Isaïe Jeanty un arrêt de travail », annonce le Comité national des médecins en résidence hospitalière dans une note publique. En interview au journal, le Dr Wilson Bonhomme, résident à Chancerelles, a laissé comprendre que la santé est le cadet des soucis des autorités. Il dénonce le pouvoir en place qui n’a pas pensé à augmenter les frais accordés aux médecins résidents  alors qu’un ajustement salarial pour les fonctionnaires a été opéré dans le budget de l’exercice 2020-2021. « Et si cette volonté manifeste de l’Etat haïtien de ne pas respecter ses moindres engagements perdure encore, dans les jours à venir un arrêt de travail généralisé sera observé », menacent les médecins. Les médecins résidents 1 de l’hôpital Justinien du Cap-Haïtien (département du Nord) connaissent les mêmes problèmes que ceux de l’hôpital de Chancerelles. Les médecins du sanatorium avaient pu percevoir leur dû grâce à un mouvement de grève qui avait duré deux semaines.