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Le Nouvelliste

Quel est l'impact de l'accouchement à domicile sur la mortalité maternelle ?

Oct. 16, 2020, midnight

Les indicateurs tels que le taux de mortalité materno-infantile sont au rouge dans les pays à faible revenu. Selon l’OMS, 500 000 femmes meurent chaque année des suites de leur grossesse, 99 % dans les pays en voie de développement. L’accouchement à domicile reste l’une des principales causes de mortalité maternelle et infantile dans ces pays. Plusieurs facteurs expliquent le taux de mortalité maternelle élevé dans les pays à faible revenu. Parmi ces facteurs, on retient le nombre de professionnels de santé travaillant dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive, les centres de santé ayant un service de maternité. Du nombre de ces facteurs figurent les accouchements à domicile.  Dans un travail de recherche présenté le vendredi 2 octobre 2020 à la Faculté de médecine de l'UEH, les Dr Eddy Ceiste et James Ernst Will St-Vil se sont - dans un travail réalisé aux Laboratoires LABMES- penchés sur les accouchements à domicile en essayant de mettre l'accent sur les facteurs qui déterminent ce lieu d'accouchement à Labrousse et ses environs.  Il faut rappeler que selon les dernières Enquêtes sur la mortalité, morbidité et l'utilisation des services (EMMUS), en Haïti, 63 % des accouchements ont eu lieu à la maison sans assistance médicale. «Seulement un peu plus d’un tiers, soit 36%, a lieu dans un établissement de santé, 21 % dans un établissements de santé publique contre 10% dans un établissement privé et, près de 5% dans un établissement mixte.» Ces proportions sont plus élevées en milieu urbain qu’en milieu rural. En milieu urbain, 63 % des naissances se sont déroulées avec l’aide d’un prestataire formé contre 30 % en milieu rural ; 60 % des naissances en milieu urbain ont eu lieu dans un établissement de santé contre 29 % en milieu rural. À Labrousse, 3e section communale de Miragoâne, «75% des accouchements ont eu lieu à domicile et 75 % d’entre eux auraient été assistés par un personnel entraîné ou matrones, très répandue dans cette localité», peut-on lire dans le chapitre des résultats.  Les chercheurs ont aussi révélé que «des différents motifs évoqués, la distance est un élément important de par sa fréquence ,71.73 % des femmes (66 femmes) de l’étude. Ne disposant pas de moyens de transport  41.30 % des femmes mettent une heure environ pour arriver au centre le plus proche, 32,60 % (30) marchent pendant deux heures au moins et 24 d’entre elles marchent pendant plus de deux heures. Le trajet s’effectue le plus souvent à pied 93.47 % de ces femmes (86 femmes) et seulement 5.43 % (5 femmes) ont accès à un véhicule motorisé». Parmi les autres facteurs influençant le lieu de l'accouchement dans cette localité, figurent l’âge de la mère, la religion, le niveau scolaire des mères et des pères, leur niveau d’activité économique et les complications de la grossesse qui sont des facteurs statistiquement significatifs. Selon cette étude, les femmes âgées entre 19 et 25 ans ont plus de chance d'accoucher à domicile. Les femmes qui n'ont pas été scolarisées ont plus de risque d'accoucher à domicile. «Seules 12.5 % des femmes qui n’ont jamais été à l’école ont accouché à l’hôpital contre 87.5 % à domicile ; alors que 26.2 % de celles ayant un niveau de scolarité ont accouché à l’hôpital contre 71.4 %  qui ont accouché à domicile.» Il a été remarqué aussi que plus les pères sont éduqués, plus les mères accouchent à l'hôpital.  En outre, les femmes ont 1.63 fois plus de chance d’accoucher à domicile si elles sont éloignées du centre de santé, ce risque augmente encore plus de 18.8 % si elles ne disposent d’aucun moyen de transport. Avec un véhicule motorisé à leur disponibilité, elles ont cinq fois plus de chance d’accoucher à l’hôpital. Cette étude indique clairement les principaux facteurs qui influencent le choix d'un accouchement à domicile à Labrousse. Suite à des actions coup de poing initiées subséquemment par certaines institutions la FODES-5 a révélé qu'en agissant sur ces facteurs, les femmes enceintes n'avaient aucun problème à venir à l'hôpital pour les visites prénatales et les accouchements. Cela a donné suite à une baisse considérable du taux de mortalité materno-infantile, notamment au centre de santé Notre-Dame de Lourdes de Labrousse. Fort de ce constat, les Dr Céiste Eddy et James Ernst Will St-Vil ont recommandé aux autorités sanitaires une action ciblée sur ces facteurs précités, notamment l'accès à un moyen de transport pour les femmes enceintes afin de diminuer l'écart qui existe entre le nombre d'accouchements à domicile et le nombre d'accouchements à l'hôpital en vue d'une réduction de la mortalité maternelle et infantile dans les zones rurales. Ils ont aussi recommandé un encadrement des matrones, l'éducation de la population sur l'importance des consultations prénatales et l'inclusion des leaders communautaires afin de renforcer l'approche communautaire.